Reprendre un salon de coiffure en Suisse : bail, équipe, prix et pièges
Reprendre un salon de coiffure plutôt que d'en créer un, c'est acheter du temps : une clientèle qui pousse déjà la porte, un local équipé, parfois une équipe en place. En Suisse romande, le marché de la remise de commerce est bien réel : des plateformes comme Relève PME ou petitesannonces.ch publient en permanence des salons à remettre entre Genève, Lausanne, Fribourg et le Valais.
Mais une reprise suisse ne se joue pas avec les règles françaises : pas de notion légale de « fonds de commerce » à enregistrer, un bail qui ne se transfère qu'avec l'accord écrit du bailleur, une équipe qui passe automatiquement chez vous avec ses droits acquis, et une TVA qui a sa propre procédure de transfert. Ce guide reprend l'opération dans l'ordre, textes à l'appui. Et un conseil valable dès le premier jour : la modernisation la moins chère d'un salon repris est souvent la prise de rendez-vous, puisque vous pouvez mettre en place une réservation en ligne gratuite et sans commission sans toucher au reste du fonctionnement.
Si votre projet est en France, les règles sont différentes : notre guide du rachat d'un salon de coiffure couvre le droit français. Et si vous hésitez encore entre reprendre et partir de zéro, notre guide pour ouvrir un salon de coiffure en Suisse détaille le scénario création.
Remise du fonds ou rachat de la société : qu'achetez-vous exactement ?
En Suisse, deux mécanismes très différents se cachent derrière « reprendre un salon ».
La remise de fonds : vous achetez des éléments, pas une entreprise
Dans la plupart des annonces romandes, le cédant exploite en raison individuelle et vous propose une remise de fonds : vous rachetez le mobilier, le matériel, le stock, l'enseigne, le droit de reprendre le bail et, de fait, la clientèle attachée à l'emplacement. Vous créez ensuite votre propre entreprise (raison individuelle ou Sàrl) qui exploite le salon. Les dettes du cédant ne vous suivent pas, à une exception près : les obligations envers l'équipe reprise, on y revient plus bas.
Le rachat de parts : vous reprenez la société avec son histoire
Si le salon est exploité en Sàrl ou en SA, le cédant peut vous vendre ses parts sociales. La société continue d'exister : même numéro IDE, même bail, mêmes contrats de travail, mêmes abonnements. C'est plus simple administrativement, mais vous reprenez aussi tout le passif, y compris ce qui ne se voit pas : arriérés de charges sociales, litige en cours, redressement TVA possible. Un rachat de parts sans examen des comptes par une fiduciaire est un pari, pas un achat.
Où trouver un salon à remettre en Suisse romande, et à quel prix ?
Les annonces se concentrent sur quelques plateformes : Relève PME (spécialisée dans la transmission de PME), petitesannonces.ch, Remicom côté courtage, et parfois les portails immobiliers comme homegate.ch pour les remises liées à un bail. Les prix de remise constatés en octobre 2026 sur ces plateformes vont de quelques milliers de francs pour un petit salon à rafraîchir à plus de CHF 200 000 pour des salons établis : nous avons par exemple relevé un salon de 34 m² au centre de Fribourg affiché à CHF 35 000 et un salon lausannois rénové affiché à CHF 39 000 avec un loyer d'environ CHF 1 050 par mois. Ce sont des prix demandés dans des annonces, pas des statistiques de marché : il n'existe pas, à notre connaissance, de barème officiel suisse de valorisation des salons de coiffure.
Comment évaluer, alors ? Les praticiens croisent généralement trois regards : la valeur du matériel et des aménagements repris, la rentabilité réelle des deux ou trois derniers exercices, et la qualité du bail. Un exemple volontairement fictif pour fixer les ordres de grandeur : un salon qui dégage CHF 30 000 de bénéfice annuel net après un salaire de gérant correct vaut plus cher que son mobilier, mais un salon au même chiffre d'affaires dont le bail expire dans dix-huit mois sans garantie de renouvellement vaut à peine plus que ses bacs et ses fauteuils. Faites chiffrer l'affaire par une fiduciaire avant de discuter le prix : c'est quelques centaines de francs qui en protègent des dizaines de milliers.
Le bail commercial : rien ne se fait sans l'accord écrit du bailleur
C'est le point qui fait échouer le plus de remises. En droit suisse, le locataire d'un local commercial peut transférer son bail à un tiers, mais uniquement avec le consentement écrit du bailleur (art. 263 du Code des obligations). La contrepartie protège le repreneur : le bailleur ne peut refuser que pour de justes motifs, par exemple une solvabilité insuffisante ou un changement d'affectation des locaux. Un refus de pure convenance n'est pas admis.
Deux conséquences pratiques :
- Ne signez jamais la remise avant d'avoir le transfert de bail écrit. Une convention de remise « sous réserve de l'accord du bailleur » est le minimum ; l'idéal est de négocier les trois documents (remise, transfert de bail, éventuel nouveau bail) en parallèle.
- Le cédant reste solidairement responsable du loyer avec vous jusqu'à l'échéance du bail, mais au maximum deux ans. Les cédants sérieux le savent et préfèrent un repreneur solide : un dossier propre (extrait de poursuites, business plan, preuve de fonds propres) accélère l'accord du bailleur.
Vérifiez aussi la durée restante, les options de renouvellement, l'affectation prévue au bail et la garantie de loyer à reconstituer.
L'équipe passe avec le salon : ce que dit l'art. 333 CO
Si le salon a des employés et que vous reprenez l'exploitation, les rapports de travail passent automatiquement chez vous, avec tous les droits et obligations, le jour du transfert (art. 333 CO). Concrètement :
- Pas de nouveau temps d'essai, pas de « recommencement à zéro » : l'ancienneté, le taux d'occupation et le salaire sont repris tels quels. Chaque travailleur peut en revanche s'opposer au transfert ; son contrat prend alors fin à l'échéance du délai de congé légal.
- Vous répondez solidairement avec le cédant des créances des employés déjà échues au moment de la reprise : salaires en retard, vacances non prises, heures supplémentaires accumulées. C'est le passif caché classique d'une reprise de salon, et la Fondation d'aide aux entreprises genevoise le signale comme le point le plus sous-estimé des reprises de PME : exigez un décompte écrit des soldes de vacances et d'heures de chaque collaborateur avant de signer.
- La coiffure a une particularité qui simplifie un point : la CCT coiffure est de force obligatoire et s'applique à tous les salons de Suisse, cédant comme repreneur. Les minima, les vacances et les délais de congé conventionnels continuent donc de s'appliquer sans interruption ; notre guide du salaire d'un coiffeur en Suisse détaille les montants.
Dans les semaines qui suivent, traitez la reprise d'équipe comme une embauche groupée côté administratif : annonce à votre caisse AVS, assurance accidents, prévoyance professionnelle. Notre guide pour engager un coiffeur en Suisse liste ces démarches, et celui des assurances du salon suisse ce qui doit être en place au jour 1, y compris l'assurance d'indemnités journalières maladie que la CCT impose.
TVA : votre propre assujettissement, et la procédure de déclaration
La reprise ne « transfère » pas l'assujettissement TVA du cédant : vous repartez de votre propre situation. Si le chiffre d'affaires repris laisse prévoir plus de CHF 100 000 par an, vous êtes assujetti dès le départ ; notre guide de la TVA du salon de coiffure suisse explique le seuil, les taux et le choix de la méthode de décompte.
Un mécanisme spécifique existe pour la transaction elle-même : quand cédant et repreneur sont tous deux assujettis et qu'un patrimoine ou une part de patrimoine est transférée, la vente peut, et dans certains cas doit, passer par la procédure de déclaration de l'art. 38 LTVA (le fameux formulaire 764 de l'AFC) : la TVA est déclarée au lieu d'être facturée et payée. Les conditions précises dépendent de la situation des deux parties ; c'est typiquement le point à faire valider par la fiduciaire qui accompagne la remise.
Le fichier clients : un actif précieux, encadré par la LPD
Le fichier clients est souvent ce que vous achetez de plus précieux, et c'est un transfert de données personnelles : noms, numéros, historiques de prestations, parfois des notes sur des allergies. La loi suisse sur la protection des données s'applique à la transmission comme à l'utilisation qui suit. Avant de payer pour un fichier, vérifiez qu'il existe réellement (combien de clientes actives sur les douze derniers mois ?), qu'il est exploitable (papier, tableur, logiciel exportable ?) et que les clientes ont été informées de manière conforme. Notre guide du fichier clients conforme à la nLPD détaille vos obligations une fois le fichier repris.
La check-list de due diligence avant de signer
| À vérifier | Ce que vous cherchez |
|---|---|
| Comptes des 2 ou 3 derniers exercices | Rentabilité réelle, dépendance au cédant, saisonnalité |
| Bail | Durée restante, affectation, accord écrit du bailleur, garantie |
| Équipe | Contrats, salaires vs minima CCT, soldes vacances et heures sup |
| Extrait du registre des poursuites du cédant | Dettes et litiges en cours |
| Décomptes AVS et TVA | Arriérés de charges, situation d'assujettissement |
| Matériel | État des bacs, fauteuils, séchoirs ; ce qui est loué vs possédé |
| Fichier clients | Volume réel, format exportable, conformité LPD |
| Travaux | Mises aux normes exigées par la commune ou le bailleur |
| Clause de non-concurrence du cédant | Périmètre, durée, pénalité |
Un point qui surprend les repreneurs venus de France : aucun diplôme n'est exigé au niveau fédéral pour reprendre un salon, le CFC n'est pas une condition légale d'exploitation. Les règles d'enregistrement et les éventuelles exigences cantonales sont les mêmes que pour une création.
Les 90 premiers jours : garder la clientèle que vous venez d'acheter
La valeur d'un salon repris s'évapore vite si les habituées ne retrouvent pas leurs repères. Les fondamentaux : rencontrer l'équipe avant le jour J, garder les prix et les horaires stables quelques mois, annoncer la reprise simplement (vitrine, réseaux, un mot au bac) et verrouiller la continuité des rendez-vous déjà pris.
C'est aussi le bon moment pour moderniser la prise de rendez-vous sans toucher au reste. La version gratuite de ViteUneCoupe permet d'ouvrir une page de réservation en ligne pour le salon repris, avec le catalogue de prestations, les plannings de chaque collaborateur et le fichier clients, le tout sans commission et sans engagement. Soyons précis sur les limites : l'abonnement du plan Standard (rappels par e-mail, synchronisation d'agenda), dès 29 € HT par mois, est facturé en euros et non en francs, et ViteUneCoupe n'envoie pas de SMS. Pour un salon qui vient de changer de mains, une réservation en ligne 24h/24 est un signal de renouveau visible qui ne coûte rien, pendant que votre énergie va à l'équipe et aux clientes.
Questions fréquentes
Faut-il un CFC ou un diplôme pour reprendre un salon de coiffure en Suisse ?
Non. La coiffure n'est pas une profession réglementée au niveau fédéral : aucun diplôme n'est légalement exigé pour exploiter un salon, en création comme en reprise. Le CFC reste indispensable pour une chose : obtenir l'autorisation cantonale de former des apprentis.
Les employés du salon sont-ils obligés de rester après la reprise ?
Non. Les rapports de travail passent automatiquement au repreneur avec tous les droits acquis (art. 333 CO), mais chaque travailleur peut s'opposer au transfert ; son contrat prend alors fin à l'échéance du délai de congé légal. En pratique, une rencontre honnête avec l'équipe avant la signature évite la plupart des départs.
Le bailleur peut-il bloquer la remise du salon ?
Il doit donner son consentement écrit au transfert du bail, mais ne peut le refuser que pour de justes motifs, comme une solvabilité insuffisante du repreneur (art. 263 CO). Présentez un dossier solide et ne signez jamais la remise avant d'avoir l'accord écrit du bailleur.
Puis-je reprendre le fichier clients du cédant ?
Oui, c'est même souvent l'essentiel de la valeur, mais la loi sur la protection des données s'applique : le fichier doit avoir été constitué correctement, et vous reprenez les obligations qui vont avec (information, sécurité, droit d'accès). Vérifiez avant de signer que le fichier est réel, à jour et exportable dans un format utilisable.
Combien coûte un salon de coiffure à reprendre en Suisse romande ?
Il n'existe pas de barème officiel. Les annonces publiées en octobre 2026 sur les plateformes de remise de commerce romandes affichent des prix allant de quelques milliers de francs à plus de CHF 200 000 selon l'emplacement, l'état du matériel, la rentabilité et le bail. Faites toujours évaluer l'affaire par une fiduciaire : le prix demandé d'une annonce n'est pas une valeur de marché.