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Vendre son salon de coiffure en Suisse : préparer la remise, fixer le prix, payer le juste impôt

Rédigé par Publié le 11 min de lecture
Illustration d'une gérante de salon de coiffure serrant la main de sa jeune repreneuse devant le comptoir d'accueil, un dossier de remise posé entre elles

Vous avez construit votre salon pendant des années, et le moment approche de le remettre : retraite, nouveau projet, fatigue des samedis. En Suisse romande, le marché existe bel et bien : des plateformes comme Relève PME, Remicom ou placedescommerces.com publient en permanence des salons de coiffure à remettre entre Genève, Lausanne, Fribourg et le Valais (constaté en octobre 2026). Mais entre un salon qui se vend en six mois au prix espéré et une annonce qui traîne deux ans avant de finir en liquidation du mobilier, la différence se joue presque toujours en amont, dans la préparation.

Ce guide prend la remise côté vendeur : préparer le salon, publier au bon endroit, filtrer les repreneurs, verrouiller les trois transferts qui bloquent (le bail, l'équipe, le fichier clients) et comprendre ce que le fisc et l'AVS prélèveront sur le produit de la vente. Un détail qui n'en est pas un : un salon dont les rendez-vous tournent déjà en ligne se présente mieux, carnet de réservations et fichier clients à l'appui ; si ce n'est pas encore votre cas, une page de réservation gratuite et sans commission se met en place sans rien changer au reste, même à deux ans de la remise.

Si votre salon est en France, les règles (et les impôts) sont tout autres : consultez notre guide pour vendre son salon de coiffure en droit français. Et pour voir l'opération avec les yeux de l'autre partie, notre guide pour reprendre un salon de coiffure en Suisse détaille la due diligence que votre repreneur fera, ou devrait faire.

Que vendez-vous exactement : le fonds ou votre société ?

La réponse détermine le contrat, le prix et l'impôt.

En raison individuelle : vous vendez des éléments

Si vous exploitez en raison individuelle, comme la majorité des salons romands, vous remettez un fonds : mobilier, matériel, stock, enseigne, le transfert du bail et, de fait, la clientèle attachée à l'emplacement. Votre entreprise individuelle, elle, ne se « vend » pas : vous encaissez le prix de remise, puis vous cessez votre activité et vous radiez votre raison individuelle. Le gain réalisé est un revenu d'activité indépendante, imposé selon des règles spécifiques en fin de carrière (on y vient plus bas).

En Sàrl : vous pouvez vendre les parts

Si le salon est logé dans une Sàrl, vous pouvez vendre vos parts sociales : la société continue, avec son bail, ses contrats de travail et son numéro IDE. Pour vous, personne physique qui détenez les parts dans votre fortune privée, le gain est en principe un gain en capital privé exonéré d'impôt sur le revenu (art. 16 al. 3 LIFD). Le principe connaît des exceptions sérieuses, notamment la liquidation partielle indirecte lorsque le repreneur finance l'achat en puisant dans les réserves de la société dans les cinq ans : c'est exactement le genre de montage à faire valider par une fiduciaire avant de signer, pas après.

Préparer la vente un à deux ans avant : ce qui fait le prix

Un repreneur sérieux achète des chiffres, un bail et une équipe. Les trois se préparent.

  • Des comptes propres et séparés. Deux ou trois exercices lisibles, sans dépenses privées mélangées, avec un salaire de gérant réaliste. Un bénéfice « optimisé » à zéro pour payer moins d'impôts se retourne contre vous au moment de justifier un prix.
  • Un bail transférable et du temps devant lui. Le transfert exige l'accord écrit du bailleur (art. 263 CO) ; un bail qui expire dans douze mois sans option de renouvellement fait fondre la valeur. Parlez au bailleur tôt, et sachez que vous resterez solidairement responsable du loyer avec le repreneur jusqu'à l'échéance du bail, mais au maximum deux ans : une raison de plus de choisir un repreneur solvable.
  • Une équipe stable et des compteurs à zéro. Les salaires conformes aux minima de la CCT (voir notre guide du salaire d'un coiffeur en Suisse), les soldes de vacances et d'heures supplémentaires apurés : le repreneur répond solidairement avec vous des créances échues de l'équipe, et tout solde non payé se négociera en déduction du prix.
  • Un fichier clients structuré et exportable. Un carnet papier illisible ne vaut rien à la vente ; un fichier avec historique des visites, exportable dans un format standard, est un argument de prix. C'est aussi une exigence légale : la remise d'un fichier clients est un transfert de données personnelles soumis à la LPD.
  • Du matériel entretenu, et un inventaire honnête de ce qui vous appartient et de ce qui est en leasing.

Où publier l'annonce et comment gérer la discrétion

Les canaux observés en Suisse romande en octobre 2026 : Relève PME et placedescommerces.com pour les annonces, Remicom et des sociétés comme Capital First pour le courtage accompagné, petitesannonces.ch pour les petites remises locales. Le courtage se paie, généralement en pourcentage du prix ; les barèmes ne sont pas publiés uniformément, faites-vous confirmer les honoraires par écrit avant mandat.

Deux règles d'expérience valent la peine d'être posées dès l'annonce :

  • La discrétion se gère, elle ne s'improvise pas. Une annonce trop identifiable peut inquiéter l'équipe et la clientèle avant l'heure. Les plateformes permettent des annonces anonymisées avec révélation progressive ; exigez un accord de confidentialité avant d'ouvrir vos chiffres.
  • Filtrez avant de visiter. Preuve de fonds propres, extrait du registre des poursuites, projet d'exploitation : un repreneur sérieux les fournit sans se vexer. Chaque visite inutile est un risque de fuite.

Fixer le prix : une annonce n'est pas une transaction

Il n'existe pas de barème officiel suisse de valorisation des salons de coiffure, et les prix affichés sur les plateformes sont des prix demandés, pas des prix signés. Les praticiens croisent trois regards : la valeur du matériel et des aménagements, la rentabilité réelle des derniers exercices après un salaire de gérant correct, et la qualité du bail. Un exemple volontairement fictif : un salon de trois fauteuils qui dégage CHF 25 000 de bénéfice net annuel après salaire du gérant, avec un bail de cinq ans et une équipe stable, se discutera bien au-dessus de la valeur de ses bacs ; le même salon avec un bail en sursis se négociera à peine au-dessus du mobilier. Faites établir une fourchette par une fiduciaire avant de publier : afficher trop haut fait fuir, afficher trop bas ne se rattrape pas.

Votre équipe : ce que la loi vous impose, et quand lui parler

Si l'exploitation est transférée, les rapports de travail passent automatiquement au repreneur avec tous les droits acquis, et la loi vous impose, côté vendeur, d'informer l'équipe en temps utile avant le transfert, sur son motif et ses conséquences juridiques, économiques et sociales ; si des mesures les concernant sont envisagées, une consultation s'y ajoute (art. 333 et 333a CO). Chaque collaborateur peut refuser le transfert ; son contrat prend alors fin au délai de congé légal.

En pratique, le bon moment pour parler à l'équipe se situe une fois la remise raisonnablement certaine, avant la signature : assez tôt pour respecter la loi et la confiance, assez tard pour ne pas vivre dix-huit mois de rumeurs. Et comme la CCT coiffure de force obligatoire s'applique au cédant comme au repreneur, les conditions conventionnelles de l'équipe ne changent pas avec la vente.

TVA et fichier clients : deux transferts à verrouiller par écrit

Côté TVA, votre situation d'assujetti ne se transmet pas : vous décomptez jusqu'à la remise, puis vous annoncez la cessation à l'AFC et demandez votre radiation ; selon la situation des deux parties, la transaction elle-même peut passer par la procédure de déclaration plutôt que par une facturation de TVA. Notre guide de la TVA du salon de coiffure suisse pose les bases, et la mécanique précise de la remise est typiquement un point à trancher avec la fiduciaire.

Côté données, la remise du fichier clients est licite mais encadrée : le fichier doit avoir été constitué proprement, et le repreneur hérite des obligations d'information et de sécurité. Notre guide du fichier clients conforme à la nLPD détaille ce que le repreneur vous demandera de garantir, souvent par une clause du contrat de remise.

Impôts et AVS sur le produit de la vente

C'est le poste que les vendeurs découvrent trop tard, et il peut changer la donne entre vendre cette année ou l'année prochaine.

Raison individuelle : le bénéfice de liquidation, avec un régime de faveur dès 55 ans

À la cessation d'activité, les réserves latentes réalisées (la différence entre le prix obtenu et la valeur comptable de ce que vous vendez) constituent un bénéfice de liquidation. Si vous cessez définitivement votre activité indépendante après 55 ans révolus, ou pour cause d'invalidité, ce bénéfice des deux derniers exercices est imposé séparément de vos autres revenus, à un taux calculé sur un cinquième du montant (art. 37b LIFD, précisé par la circulaire n° 28 de l'AFC) ; les cantons appliquent un mécanisme analogue. La même circulaire règle le « rachat fictif » de prévoyance, qui peut encore réduire la facture si vous n'avez pas de 2e pilier complet : un vrai levier d'optimisation, à chiffrer avant de fixer la date de la vente.

Le bénéfice de liquidation reste par ailleurs un revenu d'activité indépendante au sens de l'AVS : des cotisations seront dues sur ce gain, au taux des indépendants (mémento AVS 2.02), et elles viennent en déduction du montant imposable. Votre caisse de compensation et votre fiduciaire établissent le décompte exact.

Sàrl : un gain privé en principe exonéré, avec des pièges

La vente de parts détenues dans la fortune privée échappe en principe à l'impôt sur le revenu (art. 16 al. 3 LIFD). Les exceptions tiennent au montage : liquidation partielle indirecte si le repreneur se rembourse sur les réserves de la société, transposition, ou qualification de commerçant de titres dans des cas particuliers. La règle de prudence est simple : tout earn-out, crédit-vendeur ou dividende prévu autour de la vente doit être relu par un fiscaliste avant signature.

Après la signature : réussir la passation

Les remises qui tiennent leurs promesses se ressemblent : le cédant présente personnellement le repreneur à l'équipe puis aux habituées, reste joignable quelques semaines, et la continuité des rendez-vous déjà pris est verrouillée avant le jour J. Si le salon utilise une réservation en ligne, la passation est plus simple encore : le carnet de rendez-vous et le fichier clients sont déjà structurés et exportables, et le repreneur reprend l'outil sans rupture pour la clientèle. C'est le cas avec la version gratuite de ViteUneCoupe (réservations illimitées, 0 % de commission, fichier clients et plannings par collaborateur) ; soyons transparents sur ses limites, détaillées dans nos comparatifs : rappels par e-mail uniquement, pas de SMS, et un plan Standard facturé en euros.

Pensez enfin à la clause de non-concurrence que le repreneur demandera presque toujours : périmètre géographique, durée et éventuelle pénalité se négocient, et une clause démesurée peut être réduite par le juge. Si vous comptez continuer à coiffer ailleurs, même à temps partiel, dites-le avant la signature, pas après.

Questions fréquentes

Combien vaut mon salon de coiffure en Suisse ?

Il n'existe pas de barème officiel. La valeur se discute à partir du matériel et des aménagements, de la rentabilité réelle des deux ou trois derniers exercices après un salaire de gérant correct, et de la qualité du bail. Les annonces romandes d'octobre 2026 vont de quelques milliers de francs à plus de CHF 200 000 : ce sont des prix demandés, pas des valeurs de marché. Faites établir une fourchette par une fiduciaire.

Dois-je prévenir mon équipe avant de vendre ?

Oui, la loi l'exige : en cas de transfert de l'exploitation, vous devez informer les travailleurs en temps utile avant le transfert, sur son motif et ses conséquences (art. 333a CO). Les contrats passent automatiquement au repreneur avec les droits acquis, et chaque collaborateur peut refuser le transfert.

Quel impôt vais-je payer sur la vente de mon salon ?

En raison individuelle, le gain est un bénéfice de liquidation : imposé séparément et à taux réduit si vous cessez définitivement après 55 ans ou pour invalidité (art. 37b LIFD), avec des cotisations AVS en sus. En Sàrl, la vente de parts privées est en principe exonérée d'impôt sur le revenu, sous réserve d'exceptions comme la liquidation partielle indirecte. Dans les deux cas, faites chiffrer l'opération avant de fixer la date.

Puis-je vendre mon fichier clients avec le salon ?

Oui, c'est même un élément central de la valeur, mais c'est un transfert de données personnelles soumis à la LPD : fichier constitué correctement, information des clientes conforme, et obligations reprises par le repreneur. Un fichier structuré et exportable se valorise ; un carnet papier approximatif, non.

Le bailleur peut-il faire échouer la vente ?

Le transfert du bail commercial exige son consentement écrit, mais il ne peut le refuser que pour de justes motifs, comme l'insolvabilité du repreneur (art. 263 CO). Anticipez : parlez-lui tôt, présentez un repreneur solvable, et n'encaissez rien avant d'avoir l'accord écrit. Vous restez solidairement responsable du loyer au maximum deux ans après le transfert.

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