Affichage des prix en salon de coiffure : obligations, note et sanctions
L'affichage des prix en salon de coiffure est l'une des rares obligations que n'importe quel agent de la DGCCRF peut contrôler sans même pousser votre porte : il lui suffit de regarder votre vitrine depuis le trottoir. C'est aussi l'une des mieux encadrées : un arrêté spécifique à la coiffure existe depuis 1987, toujours en vigueur en 2026, et il est étonnamment précis sur le nombre de prix à afficher, où, et comment.
La bonne nouvelle : se mettre en conformité coûte une après-midi et une impression. Cet article détaille ce que disent exactement les textes (avec les sources officielles), la fameuse note au-delà de 25 €, le cas des prestations à prix variable, la cohérence entre votre vitrine et vos prix en ligne (y compris sur votre page de réservation gratuite), et les sanctions réellement encourues. Avec, pour finir, une check-list à dérouler dans votre salon. Ces règles sont françaises : si votre salon est en Suisse, c'est l'ordonnance sur l'indication des prix qui s'applique, détaillée dans notre guide de l'affichage des prix en salon de coiffure suisse.
Que dit la loi sur l'affichage des prix chez le coiffeur ?
Deux niveaux de règles se superposent.
D'abord le droit commun de la consommation : tout prestataire de services doit informer le consommateur sur ses prix, par voie d'affichage ou tout autre moyen approprié, avant la conclusion de la vente. C'est l'article L112-1 du code de la consommation, qui s'applique quel que soit le canal de vente : en boutique, mais aussi à distance et sur internet. Les prix s'expriment en euros, toutes taxes comprises.
Ensuite, un texte propre à la profession : l'arrêté du 27 mars 1987 relatif à la publicité des tarifs de coiffure, toujours en vigueur, qui traduit cette obligation générale en règles très concrètes pour les salons. C'est lui qui fixe le nombre de prix à afficher en vitrine.
Précision utile sur le périmètre : cet arrêté vise les "exploitants de salons de coiffure", donc les établissements avec pignon sur rue. Un coiffeur à domicile n'a pas de vitrine à équiper, mais il reste soumis à l'obligation générale d'information sur les prix (barème remis au client, prix annoncé avant la prestation) et à la règle de la note détaillée plus bas.
À noter aussi : vos prix eux-mêmes sont libres. Aucun barème, aucun tarif minimum ou maximum n'existe en coiffure. La réglementation porte uniquement sur la transparence. Pour la méthode de construction de votre grille (prix de revient, marché local, positionnement), nous avons un guide complet pour fixer les prix de vos prestations coiffure.
Combien de prix faut-il afficher en vitrine ?
L'article 1 de l'arrêté de 1987 est limpide :
- salon pour hommes ou salon pour dames : au moins 10 prix TTC des prestations les plus courantes, affichés en vitrine, de manière visible et lisible de l'extérieur de l'établissement ;
- salon mixte : au moins 20 prix TTC, dont 10 pour hommes et 10 pour dames.
Trois précisions qui tombent souvent lors des contrôles :
- "Lisible de l'extérieur" se vérifie du trottoir. Un tarif posé sur le comptoir d'accueil, visible seulement une fois entré, ne remplit pas l'obligation. Taille des caractères, reflets de la vitre, panneau masqué par un présentoir : mettez-vous physiquement dans la rue pour juger.
- Le même tarif doit aussi être affiché à l'intérieur, à l'endroit où s'effectue le paiement. Vitrine et caisse, les deux.
- Les forfaits doivent détailler leurs prestations. "Forfait 45 €" ne suffit pas : il faut lister ce qu'il comprend (par exemple shampooing, coupe, brushing). C'est une exigence explicite de l'arrêté.
La carte complète des prestations à la caisse
L'article 2 du même arrêté ajoute une obligation moins connue : tenir à la caisse, à la vue de la clientèle, une carte comportant la liste complète des prix TTC de l'ensemble des services offerts dans l'établissement, avec des exemplaires à la disposition des clients. Les 10 ou 20 prix de la vitrine sont donc un minimum visible de loin ; la carte, elle, couvre tout votre catalogue, y compris les prestations techniques que personne n'affiche en vitrine.
La note au-delà de 25 € : une obligation souvent oubliée
Deuxième texte à connaître : l'arrêté n° 83-50/A du 3 octobre 1983 relatif à la publicité des prix des prestations de services. Il impose de remettre au client une note (le ticket détaillé) pour toute prestation de service d'un montant supérieur ou égal à 25 € TTC, dès que la prestation est rendue et en tout état de cause avant le paiement. En dessous de 25 €, la note est facultative, mais devient obligatoire si le client la demande.
Cette note doit mentionner notamment : la date, le nom et l'adresse du salon, le nom du client (sauf s'il s'y oppose), la date et le lieu de la prestation, le décompte détaillé de chaque prestation avec son prix, et la somme totale à payer. Vous devez en conserver un double, classé chronologiquement, pendant deux ans. Le texte prévoit aussi une affichette au lieu de paiement indiquant dans quels cas la note est obligatoire ou facultative.
Avec un panier moyen qui dépasse 25 € sur la plupart des prestations femmes et techniques, la note est en pratique quasi systématique en salon. C'est typiquement le rôle d'un logiciel d'encaissement, un outil distinct de votre agenda : la différence entre les deux (et ce que la loi exige de chacun) est détaillée dans notre comparatif logiciel de caisse ou logiciel de rendez-vous.
Comment afficher les prestations à prix variable ?
Une couleur sur cheveux longs ne coûte pas le prix d'une couleur sur cheveux courts, et personne ne peut l'ignorer. La réglementation ne l'interdit pas, mais elle encadre la façon de l'annoncer : le client doit pouvoir connaître le prix avant de s'engager, sans avoir à le demander.
En pratique, trois réflexes mettent votre grille à l'abri des contestations :
- Détaillez par longueur plutôt que d'empiler les "à partir de". Une ligne "Couleur : à partir de 50 €" qui finit à 95 € en caisse est le scénario classique du litige. Trois lignes "cheveux courts / mi-longs / longs" avec un prix ferme chacune sont plus claires pour le client et plus solides en cas de contrôle.
- Pour les prestations réellement imprévisibles (transformations, décolorations complexes, corrections de couleur), la règle générale rappelée par l'administration s'applique : quand le prix ne peut pas être déterminé à l'avance, le professionnel doit fournir la méthode de calcul ou un devis suffisamment détaillé au client qui le demande. Annoncer le prix lors du diagnostic, avant de commencer, reste la meilleure protection.
- Tout supplément doit être annoncé avant, pas découvert en caisse. Soin ajouté, surplus de produit, frange : si c'est facturé, c'est affiché ou dit explicitement avant la prestation.
Vos prix en ligne doivent-ils être les mêmes qu'en vitrine ?
L'obligation d'information sur les prix s'applique quel que soit le mode de vente, internet compris. Si votre salon propose la réservation en ligne, le client qui réserve une "Coupe + brushing à 42 €" sur votre page doit retrouver 42 € en caisse : un écart entre le prix annoncé en ligne et le prix encaissé est une source directe de litiges, et un prix d'appel jamais pratiqué peut être qualifié de pratique commerciale trompeuse, bien plus sévèrement sanctionnée qu'un simple défaut d'affichage.
Le vrai risque est rarement la mauvaise foi : c'est la grille mise à jour en vitrine mais pas en ligne, ou l'inverse. D'où l'intérêt de limiter les endroits à synchroniser : la vitrine, la carte à la caisse, et un seul support numérique de référence. Avec un agenda en ligne gratuit où votre grille tarifaire reste à jour en quelques clics, votre catalogue de prestations affiche prix TTC et durées directement sur votre page de réservation : une seule modification, et tous vos clients en ligne voient le bon prix. Les bonnes pratiques pour structurer ce catalogue sont détaillées dans notre guide de l'agenda en ligne pour salon de coiffure.
Pensez aussi aux supports annexes : la rubrique prix de votre fiche Google, vos réseaux sociaux, un ancien flyer encore en circulation. Moins vous dupliquez la grille manuellement, moins vous risquez l'écart.
Quels sont les autres affichages obligatoires dans un salon ?
L'affichage des prix n'est pas le seul panneau exigé dans un établissement qui reçoit du public : la liste complète fait l'objet de notre guide des affichages obligatoires en salon de coiffure. Sans prétendre à l'exhaustivité ici (certaines obligations dépendent de votre situation, notamment si vous employez des salariés ; l'hygiène du salon et la musique diffusée en salon ont aussi leurs règles propres), deux sont certaines pour tous les salons :
- L'interdiction de fumer et de vapoter : une signalisation apparente rappelant l'interdiction est obligatoire dans les lieux concernés, en vertu de l'article R3512-7 du code de la santé publique. Le modèle officiel a été actualisé par un arrêté du 21 juillet 2025, avec un message de prévention et le numéro de Tabac info service : vérifiez que votre affichette est au bon format.
- L'affichette sur la note, vue plus haut, au lieu de paiement.
Si vous employez des salariés, s'ajoutent les affichages et informations obligatoires côté employeur (horaires collectifs, coordonnées de l'inspection du travail et de la médecine du travail, consignes de sécurité). Et si vous êtes en phase de création, notre guide pour ouvrir un salon de coiffure replace toutes ces obligations dans l'ordre chronologique du projet.
Quelles sanctions en cas de défaut d'affichage des prix ?
Le défaut d'information sur les prix est puni d'une amende administrative pouvant atteindre 3 000 € pour un entrepreneur individuel et 15 000 € pour une société, sur le fondement de l'article L131-5 du code de la consommation. Les montants et la base légale sont confirmés par la fiche officielle sur l'affichage des prix de service-public.
Deux nuances pour garder la mesure :
- En pratique, un contrôle de la DGCCRF (ou de la direction départementale de la protection des populations) commence souvent par une observation de la vitrine et se poursuit à l'intérieur : tarif à la caisse, carte complète, notes remises. Un manquement isolé donne fréquemment lieu à un avertissement ou une injonction de mise en conformité avant toute amende, mais rien ne vous y donne droit : l'amende peut tomber directement.
- Si l'écart dépasse le simple oubli (prix affiché systématiquement inférieur au prix encaissé, fausse promotion), on change de registre : la pratique commerciale trompeuse est un délit, avec des sanctions pénales d'un tout autre niveau. Autant dire que l'affichage honnête et à jour est, de très loin, l'option la moins chère.
Check-list de conformité pour votre salon
À dérouler sur place, en commençant depuis le trottoir :
| Point de contrôle | Règle | Texte |
|---|---|---|
| Vitrine : 10 prix TTC lisibles de l'extérieur (20 si salon mixte, 10 hommes + 10 dames) | Prestations les plus courantes, caractères lisibles de la rue | Arrêté du 27 mars 1987, art. 1 |
| Forfaits affichés avec le détail des prestations incluses | "Forfait 45 €" seul est insuffisant | Arrêté du 27 mars 1987, art. 1 |
| Même tarif affiché à l'intérieur, au lieu de paiement | Vitrine ET caisse | Arrêté du 27 mars 1987, art. 1 |
| Carte complète de tous les prix TTC visible à la caisse, exemplaires à disposition | Tout le catalogue, pas seulement le top 10 | Arrêté du 27 mars 1987, art. 2 |
| Note remise avant paiement dès 25 € TTC, sur demande en dessous | Double conservé 2 ans | Arrêté n° 83-50/A du 3 octobre 1983 |
| Affichette au lieu de paiement sur la délivrance de la note | Cas obligatoire / facultatif | Arrêté n° 83-50/A du 3 octobre 1983 |
| Prix en ligne identiques aux prix en salon | Page de réservation, fiche Google, réseaux | Art. L112-1 code de la consommation |
| Signalisation interdiction de fumer et de vapoter au modèle en vigueur | Modèle actualisé en 2025 | Art. R3512-7 code de la santé publique |
Un dernier conseil d'organisation : datez votre grille. À chaque changement de tarifs, mettez à jour le même jour la vitrine, la carte de la caisse et votre page de réservation en ligne, et archivez l'ancienne grille. En cas de contestation d'un client sur un prix, vous saurez exactement ce qui était affiché à quelle date.
Questions fréquentes
Combien de prix un salon de coiffure doit-il afficher en vitrine ?
Au moins 10 prix TTC des prestations les plus courantes pour un salon hommes ou un salon dames, et au moins 20 prix TTC pour un salon mixte, dont 10 pour hommes et 10 pour dames. L'affichage doit être visible et lisible depuis l'extérieur de l'établissement, et le même tarif doit être affiché à l'intérieur, au lieu de paiement (arrêté du 27 mars 1987).
La note est-elle obligatoire chez le coiffeur ?
Oui, dès que la prestation atteint 25 € TTC : la note détaillée doit être remise au client avant le paiement (arrêté n° 83-50/A du 3 octobre 1983). En dessous de 25 €, elle n'est obligatoire que si le client la demande. Le salon conserve un double pendant deux ans.
Peut-on afficher des prix "à partir de" en coiffure ?
Aucun texte ne l'interdit expressément, mais l'information doit rester claire : le client doit pouvoir connaître le prix qu'il paiera avant de s'engager. Pour une prestation dont le prix varie, une grille détaillée (cheveux courts, mi-longs, longs) est plus sûre qu'un prix plancher seul ; pour une prestation impossible à chiffrer à l'avance, annoncez le prix au diagnostic ou remettez un devis détaillé.
Quelle amende en cas de non-affichage des prix ?
Le défaut d'information sur les prix expose à une amende administrative pouvant atteindre 3 000 € pour un entrepreneur individuel et 15 000 € pour une société (article L131-5 du code de la consommation). Un prix affiché trompeur relève en revanche des pratiques commerciales trompeuses, pénalement sanctionnées.
Les prix affichés en ligne doivent-ils être identiques à ceux du salon ?
Oui. L'obligation d'information sur les prix s'applique quel que soit le canal, internet compris, et le prix annoncé au moment de la réservation doit être celui encaissé. Centralisez votre grille sur un support numérique unique relié à votre page de réservation pour éviter les écarts lors des changements de tarifs.
L'arrêté de 1987 s'applique-t-il à un coiffeur à domicile ?
L'arrêté du 27 mars 1987 vise les exploitants de salons, donc les établissements avec vitrine. Un coiffeur à domicile reste néanmoins soumis à l'obligation générale d'information sur les prix avant la prestation et à la remise d'une note dès 25 € TTC.