Affichage des prix en salon de coiffure en Suisse : ce que l'OIP exige
En Suisse, l'affichage des prix dans un salon de coiffure n'est pas une simple question de bon sens commercial : c'est une obligation fédérale. L'ordonnance sur l'indication des prix (OIP, RS 942.211) cite les salons de coiffure en toutes lettres, en tête de la liste des prestations de services concernées. Et le sujet est tout sauf théorique : entre avril et octobre 2025, le SECO et 25 cantons ont mené une campagne de contrôle nationale dans 3 651 salons de coiffure et instituts. Résultat, publié en décembre 2025 : les prix des services n'étaient correctement indiqués que dans 77 % des cas. Près d'un salon sur quatre était donc en infraction, le plus souvent sans le savoir.
La bonne nouvelle : les règles suisses sont plus simples qu'on ne le croit, et nettement moins tatillonnes que les règles françaises. Pas de nombre minimal de prix à placarder en vitrine, pas de format imposé. Mais quelques exigences précises, que les contrôleurs cantonaux vérifient systématiquement : des prix en francs suisses, TVA et suppléments compris, une liste facile à consulter là où se tient votre clientèle, et l'interdiction des mentions vagues du type « coupe dès 45 francs ».
Cet article passe en revue ce que disent exactement l'OIP et le SECO, sources officielles à l'appui : la vitrine, la TVA, les prix « à partir de », les tarifs femmes et hommes, vos prix en ligne et les sanctions réellement encourues. Avec une check-list finale à dérouler dans votre salon. Un mot de transparence au passage : ce blog est édité par ViteUneCoupe, un agenda en ligne gratuit et sans commission pour salons de coiffure, dont le catalogue de prestations affiche précisément des prix exacts en ligne. Nous reviendrons sur ce point, car il touche directement à la conformité OIP.
Que dit l'OIP pour un salon de coiffure ?
L'ordonnance sur l'indication des prix date de 1978, est entrée en vigueur en 1979 et a été révisée à de nombreuses reprises depuis (dernier état consolidé au 1er janvier 2025). Elle découle de la loi fédérale contre la concurrence déloyale (LCD) et poursuit un but simple, énoncé à son article premier : « assurer une indication claire des prix, permettant de les comparer et d'éviter que l'acheteur ne soit induit en erreur ».
Pour les services, l'ordonnance ne s'applique pas à tout le monde : elle énumère une trentaine de domaines à son article 10. Et la coiffure y figure en première position : « salons de coiffure » est la lettre a de la liste, avant les garages, la restauration et les instituts de beauté. Aucune ambiguïté possible : si vous exploitez un salon de coiffure en Suisse, l'OIP s'applique à vous.
Concrètement, l'article 10 pose la règle centrale : pour les prestations offertes au consommateur, « le prix à payer effectivement en francs suisses doit être indiqué à tout moment ». Trois mots comptent dans cette phrase :
- « effectivement » : le prix affiché est le prix encaissé, sans surprise en caisse ;
- « en francs suisses » : un tarif affiché uniquement en euros ne suffit pas, même à Genève ou à Bâle ;
- « à tout moment » : la cliente doit pouvoir connaître le prix avant de s'engager, pas après le shampooing.
L'article 11 ajoute la forme : « les prix affichés, listes de prix, catalogues, etc. doivent être faciles à consulter et aisément lisibles », et l'indication doit « mettre en évidence le genre et l'unité des prestations de services ou les tarifs auxquels les prix se rapportent ». Autrement dit : une liste claire, lisible, où chaque ligne dit précisément quelle prestation correspond à quel prix.
Faut-il afficher les prix en vitrine ?
C'est la surprise pour beaucoup de propriétaires de salons, surtout ceux qui connaissent la pratique française : en Suisse, l'OIP n'impose pas d'afficher les tarifs en vitrine ni à l'extérieur du salon. Le SECO le confirme noir sur blanc dans sa FAQ sur l'indication des prix : aucune obligation d'affichage extérieur n'existe pour la coiffure.
En revanche, à l'intérieur, l'exigence est précise : les prix doivent être affichés ou déposés aux endroits où la clientèle se tient habituellement, et la liste doit être à la disposition du client sans qu'il ait à la demander. En pratique, cela signifie une grille tarifaire visible ou consultable à l'accueil, à la caisse, dans l'espace d'attente, voire aux places de coiffage. Un classeur rangé dans un tiroir que l'on sort sur demande ne remplit pas la condition : le client ne doit pas avoir à poser la question.
La comparaison avec la France éclaire bien la philosophie suisse. De l'autre côté de la frontière, un arrêté spécifique de 1987 impose au moins dix prix TTC lisibles depuis le trottoir, vingt pour un salon mixte : nous avons détaillé ces règles dans notre guide de l'affichage des prix en salon de coiffure en France. Le droit suisse, lui, ne compte pas les lignes : il exige que l'information complète soit accessible sans effort à l'intérieur, et laisse la vitrine à votre libre choix. Afficher quelques prix phares en devanture reste une bonne pratique commerciale, mais c'est un choix, pas une obligation.
Attention toutefois si votre vitrine présente aussi des produits (shampooings, soins à la revente) : pour les marchandises, l'article 8 OIP exige que les prix soient « aisément lisibles de l'extérieur » lorsqu'elles sont exposées en vitrine. Lors de la campagne 2025, 847 des commerces contrôlés présentaient des marchandises en vitrine, et les produits étaient précisément l'un des points vérifiés.
Des prix en francs suisses, TVA et suppléments compris
Le prix affiché doit être le prix final. L'article 10 alinéa 2 OIP est explicite : les taxes publiques et « les suppléments non optionnels de tous genres facturés notamment pour la réservation, le service ou le traitement doivent être inclus dans le prix ».
Pour un salon de coiffure, cela se traduit ainsi :
- La TVA est comprise dans le prix affiché. Si votre salon est assujetti (chiffre d'affaires mondial d'au moins CHF 100 000 par an), vos prestations relèvent du taux normal, 8,1 % depuis le 1er janvier 2024 selon l'Administration fédérale des contributions. Le prix sur votre liste est donc un prix TVA incluse ; la mention « TVA comprise » n'est pas obligatoire, précise le SECO, puisque c'est la règle par défaut. Afficher des prix hors taxe avec une TVA ajoutée en caisse serait une infraction. Pour savoir si votre salon est assujetti et quelle méthode de décompte choisir, consultez notre guide de la TVA pour salon de coiffure en Suisse.
- Aucun supplément obligatoire caché. Un « supplément produit » systématique, des frais de réservation, une majoration automatique le samedi : tout ce qui n'est pas optionnel doit être intégré au prix affiché de la prestation. Un soin facultatif proposé pendant la prestation peut en revanche être facturé en plus, à condition d'être annoncé avec son prix avant d'être appliqué.
- Le pourboire, s'il est demandé, doit être inclus dans le prix ou clairement indiqué en chiffres (article 12 OIP) : il est interdit d'exiger un pourboire en sus du prix affiché.
Le portail PME de la Confédération résume la règle en une phrase : le prix à payer effectivement par le consommateur doit être affiché en francs suisses, taxes publiques incluses.
Les prix « dès » ou « à partir de » sont-ils autorisés ?
C'est le point qui fâche le plus souvent lors des contrôles, et la réponse du SECO est sans détour : non. Sa FAQ prend justement l'exemple de la coiffure : une indication du type « Brushing, dès 43 francs » est interdite, car elle ne permet pas au client de connaître le prix qu'il paiera effectivement. L'offre doit être spécifiée.
La solution recommandée par le SECO lui-même : échelonner vos tarifs selon des critères objectifs, typiquement la longueur des cheveux. Au lieu d'une ligne « Brushing dès 43.- », votre liste indique par exemple :
| Prestation | Prix |
|---|---|
| Brushing cheveux courts | CHF 45 |
| Brushing cheveux mi-longs | CHF 50 |
| Brushing cheveux longs | CHF 55 |
Chaque ligne a un prix ferme, le client se situe lui-même dans la grille, et vous restez libre de vos niveaux de prix. Même logique pour les coupes, couleurs, balayages et soins : « couleur racines », « couleur cheveux longs », « balayage mi-longs » sont des lignes conformes ; « couleur à partir de CHF 80 » ne l'est pas.
Pour les transformations réellement imprévisibles (correction de couleur, décoloration complexe), établissez un devis ou annoncez le prix exact au diagnostic, avant de commencer. L'esprit de l'OIP reste le même : le prix est connu avant l'engagement, jamais découvert en caisse.
Précision importante : l'OIP encadre la transparence de vos prix, pas leur niveau. Vos tarifs sont entièrement libres ; aucun barème minimal ou maximal n'existe dans la coiffure suisse. Pour la méthode de construction de votre grille (coûts, positionnement, durées), notre guide pour fixer les prix de vos prestations de coiffure détaille le raisonnement, transposable en francs suisses avec vos propres chiffres.
Tarifs femmes et hommes : que dit le droit suisse ?
Beaucoup de grilles suisses distinguent encore « coupe dames » et « coupe hommes », avec des écarts parfois importants. Sur le plan de l'OIP, cette distinction est licite : l'ordonnance exige des prix clairs et effectifs, elle ne dicte pas vos critères tarifaires. Aucune règle suisse n'interdit à ce jour de tarifer différemment selon le genre, et le Parlement fédéral a refusé en 2019 de commander une étude sur la « taxe rose », comme le rapportait swissinfo dans une enquête sur les tarifs unisexes en coiffure.
Le débat existe pourtant bel et bien, y compris en Suisse romande. La même enquête de 2019 citait un salon lausannois passé à une tarification unisexe fondée sur la longueur des cheveux : auparavant CHF 90 pour une coupe courte dames et CHF 59 pour une coupe hommes, désormais CHF 80 pour tout le monde à longueur égale. La Fédération romande des consommateurs réclamait de son côté une enquête nationale sur ces écarts.
Sans trancher le débat à votre place, notons une convergence pratique : la tarification par longueur de cheveux et par technicité, plutôt que par genre, résout en même temps le problème des prix « dès » et désamorce les contestations en caisse. Elle se marie naturellement avec les exigences de spécification de l'OIP.
Promotions et prix barrés : les règles à connaître
Si vous affichez un prix barré ou une réduction (« CHF 69 au lieu de CHF 89 »), vous entrez dans le chapitre de l'OIP sur l'indication fallacieuse de prix (articles 16 à 18). La règle principale de l'autocomparaison : vous ne pouvez comparer qu'avec un prix que vous avez réellement pratiqué, soit immédiatement avant la promotion, soit pendant au moins 30 jours consécutifs. Et le prix barré ne peut être affiché que pendant une durée limitée (au maximum la moitié de la période pendant laquelle le prix de référence a été pratiqué, et au plus deux mois).
Inventer un « ancien prix » jamais encaissé pour gonfler une promotion n'est donc pas une maladresse : c'est une indication fallacieuse de prix, l'infraction la plus sérieusement poursuivie du dispositif. La voie sûre : des promotions ponctuelles, datées, fondées sur vos vrais tarifs de liste, avec des conditions claires.
Vos prix en ligne : obligatoires ou pas ?
Le SECO est clair sur ce point aussi : il n'existe pas d'obligation générale de publier vos prix sur internet. Un salon sans site web, ou avec un site vitrine sans tarifs, ne viole pas l'OIP.
Tout change dès que vous proposez la réservation en ligne : si votre site ou votre page de réservation permet de réserver directement une prestation, les tarifs doivent y être indiqués, en francs suisses, selon les mêmes règles que dans le salon. Logique : au moment où la cliente s'engage en réservant, elle doit connaître le prix effectif. Et les prix en ligne doivent évidemment correspondre aux prix encaissés : un écart entre la grille du site et celle de la caisse est le scénario classique du litige, et potentiellement une indication fallacieuse.
C'est ici que votre outil de réservation devient un allié de conformité plutôt qu'un risque. Avec un catalogue de prestations en ligne bien construit, chaque service porte un nom précis, un prix exact et une durée : exactement ce que demandent les articles 10, 11 et 14 de l'OIP. Sur la page de réservation gratuite de ViteUneCoupe par exemple, chaque prestation est décrite (avec photos si vous le souhaitez) avec un prix ferme par ligne, et une modification de tarif se répercute immédiatement partout où vos clientes réservent. Votre grille vit à un seul endroit : moins de supports à synchroniser, moins d'écarts possibles. La version gratuite suffit : réservations illimitées, 0 % de commission, catalogue et page personnalisée inclus, et les numéros suisses (+41) fonctionnent sans configuration particulière.
Pour un tour d'horizon complet des outils disponibles côté romand (tarifs en CHF, commissions, engagements), consultez notre comparatif des logiciels de réservation pour salon de coiffure en Suisse.
Qui contrôle l'affichage des prix, et que risquez-vous ?
L'exécution de l'OIP est cantonale : l'article 22 confie aux offices cantonaux compétents (police du commerce, offices de la consommation, selon les cantons) le soin de veiller à son application et de dénoncer les infractions. La Confédération, via le SECO, exerce la haute surveillance, publie des guides et brochures sectorielles (dont une consacrée aux salons de coiffure et instituts) et coordonne des campagnes nationales.
La campagne 2025 donne une image fidèle de ce qui se passe lors d'un contrôle. Sur les 3 651 établissements visités dans 25 cantons, dont Vaud, Genève, Fribourg, Neuchâtel, le Valais et le Jura :
- les prix des services étaient correctement indiqués dans 77 % des cas (76 % pour les marchandises) ;
- 853 commerces ont reçu un avertissement avec délai de mise en conformité ;
- seuls 8 établissements ont écopé d'une amende d'ordre et 7 d'une dénonciation pénale, soit moins de 1 % des contrôles.
La pratique est donc graduée : l'immense majorité des manquements se règle par un avertissement et une correction de la liste de prix. Mais la sanction existe bel et bien : les infractions à l'OIP sont poursuivies selon la loi fédérale contre la concurrence déloyale, dont l'article 24 prévoit une amende jusqu'à CHF 20 000 en cas de violation intentionnelle des prescriptions sur l'indication des prix (l'infraction par négligence reste punissable d'une amende). Un client, un concurrent ou une association de consommateurs peut par ailleurs dénoncer un salon directement auprès de l'organe cantonal.
Au-delà de l'amende, le vrai coût d'un affichage flou est commercial : une cliente qui découvre en caisse un prix supérieur à celui qu'elle avait en tête ne revient pas, et le fait savoir.
Check-list OIP pour votre salon de coiffure
À dérouler sur place, liste de prix en main :
| Point de contrôle | Règle | Base |
|---|---|---|
| Liste complète des prestations avec prix en CHF | Prix à payer effectivement, en francs suisses, connu avant la prestation | Art. 10 OIP |
| TVA et suppléments non optionnels inclus dans chaque prix | Pas de majoration découverte en caisse | Art. 10 al. 2 OIP |
| Liste facile à consulter et aisément lisible, là où se tient la clientèle | Disponible sans que le client ait à la demander | Art. 11 OIP, FAQ SECO |
| Chaque ligne précise la prestation exacte (genre, longueur, technique) | Le genre et l'unité de la prestation mis en évidence | Art. 11 et 14 OIP |
| Aucune mention « dès » ou « à partir de » seule | Échelonner par longueur ou critère objectif | FAQ SECO |
| Produits exposés en vitrine : prix lisibles de l'extérieur | Règle propre aux marchandises | Art. 8 OIP |
| Publicité, flyers et réseaux mentionnant un prix : prix effectif | Un prix annoncé est un prix complet | Art. 13 OIP |
| Prix barrés : référence réellement pratiquée (30 jours), durée limitée | Autocomparaison encadrée | Art. 16 OIP |
| Réservation en ligne : prix en CHF identiques à ceux du salon | Prix connu au moment de la réservation | FAQ SECO, art. 10 OIP |
Un dernier réflexe d'organisation : datez vos grilles. À chaque changement de tarif, mettez à jour le même jour la liste du salon et votre page de réservation en ligne, puis archivez l'ancienne version. En cas de contestation ou de contrôle, vous saurez exactement ce qui était affiché à quelle date.
Questions fréquentes
L'affichage des prix en vitrine est-il obligatoire pour un coiffeur en Suisse ?
Non. Contrairement à la France, l'OIP n'impose aucun affichage des tarifs en vitrine ni à l'extérieur du salon. En revanche, à l'intérieur, la liste des prix doit être affichée ou déposée aux endroits où la clientèle se tient habituellement, et rester consultable sans que le client ait à la demander. Seuls les produits exposés en vitrine doivent porter un prix lisible de l'extérieur.
Les prix « à partir de » sont-ils autorisés chez le coiffeur en Suisse ?
Non. Le SECO indique expressément qu'une mention du type « brushing, dès 43 francs » est interdite, car elle ne permet pas de connaître le prix effectif. La solution conforme est d'échelonner la grille selon un critère objectif, par exemple la longueur des cheveux, avec un prix ferme par ligne.
Quelle amende risque un salon de coiffure en cas d'infraction à l'OIP ?
Les infractions sont poursuivies par les cantons selon la loi contre la concurrence déloyale : jusqu'à CHF 20 000 d'amende en cas de violation intentionnelle des règles d'indication des prix. En pratique, la campagne de contrôle 2025 montre que la grande majorité des manquements se règle par un avertissement avec délai de mise en conformité ; moins de 1 % des contrôles ont débouché sur une amende ou une dénonciation pénale.
Faut-il indiquer la TVA séparément sur la liste des prix ?
Non. Le prix affiché doit inclure la TVA (taux normal de 8,1 % depuis 2024 pour un salon assujetti) et tous les suppléments non optionnels. La mention « TVA comprise » n'est pas exigée : le prix affiché est par définition le prix final.
Un salon de coiffure doit-il publier ses prix sur internet ?
Il n'existe pas d'obligation générale de publier ses tarifs en ligne. Mais dès que votre site ou votre page de réservation permet de réserver directement une prestation, les prix doivent y figurer en francs suisses, identiques à ceux pratiqués au salon, et être connus avant la confirmation de la réservation.
Qui contrôle l'affichage des prix des salons en Suisse ?
Les organes cantonaux compétents (police du commerce ou office de la consommation selon les cantons) contrôlent et poursuivent les infractions ; le SECO exerce la haute surveillance, publie les guides d'application et coordonne des campagnes nationales, comme celle qui a visé 3 651 salons et instituts en 2025.