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Musique en salon de coiffure : SACEM, SPRÉ et alternatives légales

Rédigé par Publié le 13 min de lecture
Illustration d'une cliente détendue pendant un shampooing au bac, des notes de musique flottant depuis une petite enceinte posée sur une étagère du salon

La musique fait partie de l'expérience d'un salon de coiffure au même titre que l'odeur du shampooing : elle détend au bac, couvre le bruit des séchoirs et donne le ton de votre établissement. Mais juridiquement, la playlist qui tourne dans votre salon n'est pas la même chose que celle de votre cuisine. Diffuser de la musique devant vos clients est une diffusion publique, et elle déclenche deux redevances distinctes : les droits d'auteur collectés par la SACEM et la rémunération équitable due à la SPRÉ.

Cet article fait le tri entre ce que disent réellement les textes, ce que cela coûte à un salon de coiffure (avec les montants officiels quand ils sont publics, et un renvoi honnête au simulateur quand ils ne le sont pas), comment déclarer en ligne, quelles réductions existent, et ce que valent vraiment les alternatives "sans SACEM". Sans slogan et sans fausse promesse d'exonération. Ces règles valent pour la France : si votre salon est en Suisse, c'est la SUISA qui collecte, avec un tarif différent, détaillé dans notre guide de la musique au salon de coiffure en Suisse.

Pourquoi la musique dans un salon est-elle une diffusion publique ?

Le code de la propriété intellectuelle pose le principe : toute représentation d'une œuvre faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit est illicite, c'est l'article L122-4. La seule exception qui pourrait vous concerner est celle des représentations privées et gratuites effectuées exclusivement dans un cercle de famille, prévue à l'article L122-5. Un salon qui accueille sa clientèle n'est évidemment pas un cercle de famille : la musique que vos clients entendent, même en fond sonore discret, est donc une diffusion publique qui nécessite une autorisation.

Peu importe la source. Une radio posée près de la caisse, une télévision dans l'espace d'attente, une enceinte connectée, une playlist sur tablette : du moment que le son est audible par la clientèle, le principe s'applique. Et peu importe que vous ne fassiez pas payer la musique : la diffusion accompagne une activité commerciale, cela suffit.

C'est une obligation à ranger avec les autres formalités du métier, comme l'affichage des prix en vitrine : invisible tant que tout va bien, mais vérifiable en quelques minutes par un contrôleur.

SACEM et SPRÉ : qui paie quoi ?

Deux redevances distinctes coexistent, parce que deux familles d'ayants droit sont rémunérées :

  • les droits d'auteur, collectés par la SACEM, rémunèrent les auteurs, compositeurs et éditeurs des œuvres diffusées ;
  • la rémunération équitable, due à la SPRÉ (société pour la perception de la rémunération équitable), rémunère les artistes-interprètes et les producteurs des enregistrements.

En pratique, vous n'avez qu'un seul interlocuteur : pour les salons de coiffure, la SPRÉ a mandaté la SACEM pour facturer et encaisser la rémunération équitable en son nom. Votre facture annuelle SACEM comporte donc deux lignes, la part droits d'auteur et la part rémunération équitable, mais une seule démarche et un seul paiement.

Nuance utile : la rémunération équitable ne nécessite pas d'autorisation préalable (la loi autorise la diffusion des phonogrammes du commerce en contrepartie du paiement), tandis que les droits d'auteur supposent de signer une autorisation avec la SACEM avant de diffuser. D'où l'importance de déclarer avant d'appuyer sur lecture, on y revient avec les réductions.

Combien coûte la musique pour un salon de coiffure ?

La part SACEM : un forfait annuel, affiché selon votre profil

Dans la grille SACEM, la musique d'un salon de coiffure relève de la "musique de sonorisation" : elle accompagne votre activité sans en être l'objet, et bénéficie à ce titre d'un forfait annuel tout compris, moins élevé que pour un établissement où la musique est essentielle (bar dansant, discothèque). C'est le guide officiel des tarifs SACEM qui décrit cette logique, avec une rubrique dédiée aux salons de coiffure, et un abonnement qui se renouvelle automatiquement chaque année.

Le montant exact, lui, dépend de votre situation : mode de diffusion (simple radio ou sonorisation avec haut-parleurs) et effectif du salon. La SACEM ne publie pas une grille unique pour tous les salons dans son guide : le barème applicable à votre cas s'affiche sur l'espace clients de la SACEM une fois votre profil renseigné (activité "coiffeur", effectif, équipement). Nous ne reproduisons donc pas ici de montants SACEM sortis de leur contexte : faites la simulation avec vos propres paramètres, c'est gratuit et sans engagement, et vous obtenez le chiffre exact avant de signer quoi que ce soit.

La part SPRÉ : un barème officiel et public

La rémunération équitable, elle, dispose d'un barème public pour les salons de coiffure, en vigueur au 1er janvier 2026 (montants annuels HT, constatés en octobre 2026 sur la page salons de coiffure de la SPRÉ) :

Situation du salon Rémunération équitable annuelle (€ HT)
Une seule source radio ou TV, sans haut-parleur supplémentaire 110,17 €
Sonorisation, jusqu'à 2 salariés 110,17 €
Sonorisation, 3 à 5 salariés 134,64 €
Sonorisation, 6 à 10 salariés 146,91 €
Sonorisation, 11 à 15 salariés 232,55 €
Sonorisation, plus de 15 salariés 342,73 €

La facturation minimale est de 110,17 € HT par an et par établissement, et une réduction de 10 % existe pour les déclarations groupées portant sur au moins 10 établissements (cas des réseaux et franchises).

Pour un salon indépendant, l'ordre de grandeur à retenir est donc celui-ci : la part SPRÉ se situe entre 110 € et 343 € HT par an selon l'effectif, et la part SACEM s'y ajoute. À l'échelle d'un compte de résultat, c'est une petite ligne de charges fixes, à intégrer comme les autres dans le calcul de la rentabilité de votre salon, mais une ligne qui existe, y compris pour un salon sans salarié.

Comment déclarer la musique de son salon ?

La démarche se fait entièrement en ligne, et c'est la même pour les deux redevances :

  1. Rendez-vous sur l'espace clients de la SACEM (clients.sacem.fr), rubrique "Recherchez une autorisation", et sélectionnez l'activité coiffeur.
  2. Renseignez votre profil : coordonnées du salon, mode de diffusion (radio seule, sonorisation, télévision), nombre de salariés. C'est ce profil qui détermine le forfait.
  3. Signez l'autorisation et réglez la facture annuelle, qui regroupe droits d'auteur et rémunération équitable. L'abonnement se renouvelle ensuite chaque année ; signalez tout changement (effectif, fermeture, arrêt de la diffusion) pour que la facturation suive.

Si vous préparez une ouverture, ajoutez cette ligne à votre liste de formalités au même titre que l'assurance ou l'affichage obligatoire : notre guide pour ouvrir un salon de coiffure détaille le calendrier complet des démarches.

Les réductions à connaître avant de déclarer

Le guide tarifaire officiel de la SACEM mentionne deux réductions cumulables avec un comportement simple : déclarer avant de diffuser.

  • Moins 20 % pour déclaration préalable : la réduction s'applique aux établissements qui déclarent leurs diffusions et signent leur autorisation avant la première diffusion. Concrètement, le salon qui attend la visite d'un agent pour régulariser paie plein tarif ; celui qui déclare spontanément paie 20 % de moins, chaque année.
  • À partir de moins 5 % pour les adhérents d'organisations professionnelles ayant un accord avec la SACEM : si vous adhérez à un syndicat ou groupement professionnel de la coiffure, vérifiez auprès de lui le taux négocié, la réduction suppose une adhésion en cours de validité et une déclaration préalable.

Autrement dit, la différence de coût entre "je déclare aujourd'hui" et "j'attends qu'on me trouve" est structurelle, avant même de parler de sanction.

Peut-on diffuser de la musique sans payer la SACEM ?

C'est la question que tout gérant finit par se poser, et elle mérite une réponse honnête plutôt qu'un slogan.

La radio n'exonère de rien

Idée reçue tenace : "la radio a déjà payé ses droits, donc je ne dois rien". La station paie pour sa propre diffusion ; la rediffusion dans votre salon est une diffusion distincte, qui vous incombe. C'est d'ailleurs explicitement prévu dans le barème SPRÉ ci-dessus : le salon équipé d'une simple radio sans haut-parleur supplémentaire paie le tarif plancher, mais il paie. La radio est le mode de diffusion le moins cher, pas un mode gratuit.

Spotify, Deezer : interdits en salon avec un compte personnel

Les plateformes de streaming grand public sont claires dans leurs propres conditions. Spotify indique que son service est réservé à un usage personnel et non commercial, et cite expressément les salons parmi les lieux où un compte ne peut pas être diffusé publiquement (page officielle Spotify sur l'usage commercial, qui renvoie les professionnels vers une offre dédiée). Les conditions d'utilisation de Deezer vont dans le même sens : usage personnel et privé dans le cadre du cercle de famille, la sonorisation de lieux publics ou de boutiques étant expressément interdite. Un abonnement Premium ne change rien : il supprime la publicité, pas la restriction d'usage.

Diffuser votre compte personnel au salon vous expose donc doublement : vis-à-vis de la plateforme (violation des conditions d'utilisation) et vis-à-vis des ayants droit si votre salon n'est par ailleurs pas déclaré.

La musique "libre de droits" : une vraie piste, avec une nuance à comprendre

Il existe des catalogues dont les artistes ne sont pas membres de la SACEM et qui accordent directement une licence d'usage commercial. Exemple réel : Jamendo propose une offre de radios d'ambiance pour les commerces, affichée à 89 € par an pour un établissement, présentée comme "sans frais supplémentaires de droits d'auteur" (offre constatée en octobre 2026 sur la page tarifs de Jamendo In-Store). D'autres services du même type existent sur le même principe : la licence remplace l'autorisation SACEM pour les titres du catalogue.

La nuance qui fâche concerne la rémunération équitable. Elle s'applique aux phonogrammes publiés à des fins de commerce, et la question de savoir si tel catalogue "libre de droits" y échappe dépend du statut précis des enregistrements et des contrats signés par le prestataire : ce n'est pas automatique, et cela a déjà donné lieu à des contentieux. Avant de souscrire, posez deux questions écrites au prestataire : son catalogue est-il intégralement hors répertoire SACEM, et prend-il position, attestation à l'appui, sur la rémunération équitable ? Conservez la réponse et vos justificatifs d'abonnement : en cas de contrôle, c'est à vous de démontrer que ce que vous diffusez n'appelle pas de redevance.

Reste l'arbitrage d'ambiance : un catalogue hors répertoire signifie pas de titres connus. Pour un fond sonore d'ambiance, beaucoup de salons s'en accommodent très bien ; si votre positionnement repose sur une playlist pointue ou les hits du moment, la déclaration SACEM reste la voie naturelle.

Que risque un salon qui diffuse sans déclarer ?

Sans autorisation, la diffusion d'œuvres protégées constitue une contrefaçon au sens de l'article L122-4 du code de la propriété intellectuelle, passible de sanctions civiles et pénales. En pratique, le scénario le plus courant est moins dramatique mais bien réel : les délégations régionales de la SACEM font des visites de terrain, constatent la diffusion, et proposent une régularisation. Le salon paie alors son forfait sans la réduction de 20 % réservée à la déclaration préalable, avec un rappel sur la période de diffusion constatée ; le refus de régulariser ouvre la voie au contentieux.

Le calcul est vite fait : la différence entre un salon en règle et un salon régularisé après contrôle se joue sur quelques dizaines d'euros par an, pour un risque juridique sans commune mesure. C'est typiquement le genre de sujet à traiter une fois, proprement, puis à oublier.

La musique, un vrai outil d'expérience client

Au-delà de la conformité, rappelons pourquoi on se donne cette peine : l'ambiance sonore fait partie des détails qui font qu'un client se sent bien, reste détendu pendant une couleur de deux heures, et revient. Volume maîtrisé (on doit pouvoir converser sans élever la voix), style cohérent avec votre positionnement, playlist qui tourne assez pour ne pas lasser votre équipe : la musique se travaille comme la décoration ou l'accueil. Elle s'inscrit dans la même logique que tout ce qui compose l'expérience en salon, un sujet que nous détaillons dans notre guide pour fidéliser les clients de votre salon de coiffure.

Et la cohérence vaut pour tout le parcours : un client qui réserve en deux clics, reçoit sa confirmation, et pousse la porte d'un salon où l'ambiance est soignée vit une expérience sans fausse note du début à la fin. La première partie se règle avec un logiciel de rendez-vous gratuit et sans commission qui soigne l'accueil de votre salon ; la seconde, avec votre enceinte, en règle.

Questions fréquentes

La radio dans mon salon est-elle soumise à la SACEM ?

Oui. La station de radio paie pour sa propre diffusion, pas pour la rediffusion dans votre salon, qui est une diffusion publique distincte. La radio simple (sans haut-parleurs supplémentaires) correspond en revanche au tarif plancher : 110,17 € HT par an pour la part rémunération équitable (barème SPRÉ en vigueur au 1er janvier 2026), plus la part droits d'auteur SACEM selon votre profil.

Puis-je diffuser mon compte Spotify ou Deezer dans mon salon ?

Non. Les conditions d'utilisation des deux plateformes réservent le service à un usage personnel et privé, et excluent expressément la sonorisation de commerces, salons compris. Un abonnement Premium n'y change rien. Il existe des offres de streaming dédiées aux professionnels ; même avec elles, vérifiez ce qui est couvert : une licence de diffusion ne dispense des redevances que pour ce qu'elle couvre contractuellement.

Combien coûte la musique pour un salon sans salarié ?

La part rémunération équitable est au minimum de 110,17 € HT par an (barème SPRÉ au 1er janvier 2026, constaté en octobre 2026 sur spre.fr). S'y ajoute la part droits d'auteur SACEM, dont le montant dépend de votre mode de diffusion : faites la simulation sur l'espace clients de la SACEM avec votre profil exact. Pensez à la réduction de 20 % pour déclaration préalable.

La musique libre de droits permet-elle d'échapper à toute redevance ?

Elle permet d'éviter les droits d'auteur SACEM pour les titres hors répertoire, moyennant la licence du prestataire (par exemple 89 € par an pour un établissement chez Jamendo In-Store, offre constatée en octobre 2026). Pour la rémunération équitable, la réponse dépend du statut des enregistrements : exigez une position écrite du prestataire et conservez vos justificatifs. Aucune offre sérieuse ne se résume à "zéro démarche, zéro risque, zéro euro".

Qui contrôle la diffusion de musique dans les salons ?

Les délégations régionales de la SACEM, qui disposent d'agents chargés de constater les diffusions dans les établissements ouverts au public. Un contrôle se traduit le plus souvent par une régularisation : paiement du forfait sans la réduction de déclaration préalable, avec rappel sur la période constatée. En cas de refus, le dossier peut aller au contentieux sur le fondement de la contrefaçon.

Dois-je déclarer la télévision de mon espace d'attente ?

Oui. Une télévision allumée dans un lieu accessible à la clientèle diffuse de la musique (génériques, publicités, émissions musicales) et relève du même régime que la radio ou une playlist. Déclarez le mode de diffusion réel de votre salon lors de la souscription : c'est lui, avec votre effectif, qui détermine le forfait.

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