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Hygiène en salon de coiffure : ce que la loi impose vraiment, et les bons gestes

Rédigé par Publié le 11 min de lecture
Illustration d'une coiffeuse essuyant une paire de ciseaux avec un chiffon devant un poste de coiffage impeccable, peignes et brosses alignés sur un plateau

Tapez "hygiène salon de coiffure" dans un moteur de recherche et vous tomberez sur des dizaines de pages qui mélangent tout : obligations légales, recommandations professionnelles et arguments commerciaux pour vendre des produits d'entretien. Résultat, beaucoup de coiffeurs ne savent plus ce qui relève vraiment de la loi et ce qui relève du bon sens métier.

Cet article fait le tri, sources officielles à l'appui : ce que les textes imposent réellement à un salon de coiffure en 2026, ce qui relève des bonnes pratiques de la profession, les routines concrètes entre deux clients, et une check-list quotidien, hebdomadaire, mensuel à afficher dans la réserve.

Existe-t-il une réglementation spécifique sur l'hygiène des salons de coiffure ?

C'est la première surprise : contrairement au tatouage et au perçage, qui disposent d'un texte national dédié fixant leurs conditions d'hygiène et de salubrité (le décret n° 2008-149 du 19 février 2008), il n'existe pas de décret national récent consacré à l'hygiène des salons de coiffure. Aucun texte ne vous impose, à l'échelle nationale, un protocole de stérilisation précis ou une liste de produits homologués pour vos ciseaux.

Mais ce n'est pas un vide juridique pour autant, et c'est là que la plupart des articles se trompent dans l'autre sens.

Le règlement sanitaire départemental, la vraie base légale

L'hygiène des locaux et des pratiques professionnelles est encadrée au niveau local par le règlement sanitaire départemental (RSD), un arrêté préfectoral propre à chaque département. Celui de Paris, par exemple, consacre un article aux professionnels de la coiffure : l'article 118 du règlement sanitaire du département de Paris (arrêté du 20 novembre 1979, toujours en vigueur) impose notamment :

  • le nettoyage des mains et des ongles avant chaque service, avec un liquide antiseptique ;
  • la désinfection des instruments pour chaque client ;
  • des serviettes renouvelées à chaque client ;
  • du matériel spécial et une désinfection renforcée si le client présente des lésions du cuir chevelu ou de la peau ;
  • le port de gants pour les permanentes, traitements spéciaux et colorations ;
  • et l'obligation pour l'employeur de fournir au personnel les moyens de respecter tout cela.

La logique est ancienne : un arrêté du 3 août 1955 fixait déjà un "règlement sanitaire des salons de coiffure". Aujourd'hui, c'est le RSD de votre département qui fait foi : renseignez-vous en mairie ou en préfecture pour connaître la version applicable chez vous. Retenez l'essentiel : désinfecter son matériel entre deux clients et changer les serviettes n'est pas qu'un argument marketing, c'est écrit noir sur blanc dans les textes sanitaires locaux.

Les obligations générales qui s'appliquent à votre salon

Au-delà du RSD, plusieurs textes généraux concernent directement l'hygiène de votre activité. Comme pour l'affichage des prix en salon de coiffure, ce sont des obligations contrôlables, autant les connaître précisément.

Produits cosmétiques : respecter les conditions d'emploi

Colorations, décolorants, produits de permanente ou de lissage sont des produits cosmétiques au sens du règlement (CE) n° 1223/2009. Ce texte encadre surtout les fabricants (sécurité, étiquetage, précautions d'emploi), mais il a une conséquence directe pour vous : les précautions figurant sur l'étiquette (dosage, temps de pause, port de gants, rinçage) sont les conditions d'utilisation prévues du produit. Les respecter, c'est à la fois protéger vos clients et vous protéger en cas d'incident. Bonnes pratiques associées : surveiller la période après ouverture indiquée sur l'emballage, ne jamais transvaser un produit dans un flacon non étiqueté, et ne pas improviser de mélanges maison.

Désinfectants et Certibiocide : êtes-vous concerné ?

Vos sprays et bains désinfectants pour outils sont des produits biocides (désinfectants de types TP2, 3 ou 4). Depuis le 1er janvier 2024, le dispositif national Certibiocide comporte un certificat "désinfectants" : il concerne les professionnels qui achètent et utilisent certains produits biocides destinés aux professionnels, après une formation dans un centre habilité.

Faut-il paniquer ? Non, mais il faut vérifier : tout dépend des produits que vous utilisez. Un désinfectant grand public n'entre pas dans ce dispositif ; un produit classé "réservé aux professionnels" peut, lui, exiger le certificat pour l'achat et l'utilisation. Le réflexe simple : regardez l'étiquette de vos désinfectants et posez la question à votre fournisseur ou à votre grossiste. C'est à lui de vous dire si le produit vendu requiert un Certibiocide.

La santé de votre équipe : DUERP, gants et aération

Dès le premier salarié, vous devez établir un document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP), et le mettre à jour au moins une fois par an à partir de 11 salariés. En coiffure, ce document a un contenu très concret, car les risques du métier sont bien documentés par l'INRS : contact répété avec l'eau et les shampooings, produits chimiques qui pénètrent par la peau ou les voies respiratoires, eczéma, asthme. Selon l'INRS, les allergies figurent au deuxième rang des maladies professionnelles chez les coiffeurs.

Les mesures de prévention tiennent en trois gestes : des gants adaptés pour les colorations, décolorations et shampooings répétés, une aération efficace du salon (surtout du labo où vous préparez les mélanges), et le choix de produits moins émissifs quand une alternative existe. L'INRS publie un dépliant dédié au métier, la brochure ED 6397 "Coiffure", qui résume ces bonnes pratiques.

L'affichage de l'interdiction de fumer

Petit rappel qui concerne tous les établissements recevant du public : l'interdiction de fumer dans les lieux fermés et couverts à usage collectif, issue du décret n° 2006-1386 du 15 novembre 2006, s'accompagne d'une obligation de signalisation apparente rappelant ce principe. Une affichette conforme près de l'entrée suffit, mais elle doit être là. Autre obligation souvent oubliée du même registre : la musique diffusée dans le salon suppose une autorisation.

Nettoyage et désinfection : la différence qui change tout

Beaucoup de salons "désinfectent" un outil encore couvert de cheveux et de résidus. C'est le premier piège : un désinfectant appliqué sur une surface sale perd une grande partie de son efficacité. La règle professionnelle, reprise par tous les guides d'hygiène sérieux, tient en trois étapes :

  1. Nettoyer : retirer cheveux, résidus de produits et sébum (brosse, chiffon, eau savonneuse selon l'outil).
  2. Désinfecter : appliquer le produit en respectant le temps de contact indiqué par le fabricant. Un spray essuyé après trois secondes n'a pas désinfecté grand-chose.
  3. Sécher et ranger au propre, dans un tiroir ou un plateau réservé aux outils prêts à l'emploi, jamais en vrac avec les outils usagés.

Ce temps de contact est l'information la plus ignorée du métier : il figure sur l'étiquette de votre désinfectant et peut aller de trente secondes à plusieurs minutes selon les produits.

Quelle routine d'hygiène entre deux clients ?

Concrètement, voici la routine type entre deux rendez-vous, outil par outil :

  • Ciseaux : brossage pour retirer les cheveux, essuyage, puis lingette ou spray désinfectant en respectant le temps de contact, séchage avant de couper à nouveau.
  • Tondeuse : brossage de la tête de coupe, spray désinfectant spécial tondeuse, puis une goutte d'huile pour préserver la lame.
  • Peignes et brosses : retrait des cheveux, puis trempage dans une solution nettoyante et désinfectante ; un bac dédié permet d'en traiter plusieurs pendant que vous travaillez avec un jeu propre.
  • Serviettes et peignoirs : une serviette propre par client, c'est la règle du RSD parisien et la pratique attendue partout ; lavage en machine à température suffisante, ou linge à usage unique.
  • Bac à shampooing : rinçage et essuyage de la cuve entre deux clients, nettoyage complet en fin de journée.
  • Poste de travail : cheveux balayés immédiatement après la coupe, plan de travail et accoudoirs essuyés, miroir propre.
  • Vos mains : lavage entre chaque client, comme l'exige le RSD, et crème protectrice régulière pour prévenir les dermatites.

Le point faible de cette routine n'est presque jamais la volonté, c'est le temps. Un planning qui enchaîne les rendez-vous sans aucune respiration transforme la désinfection en variable d'ajustement. Un agenda bien réglé, avec des durées réalistes par prestation, redonne ces deux minutes entre deux clients : c'est exactement ce que permet un logiciel de rendez-vous gratuit qui cadre la durée de chaque prestation, sans commission et sans engagement.

La check-list hygiène : quotidien, hebdomadaire, mensuel

Fréquence À faire
Entre chaque client Outils nettoyés puis désinfectés, serviette propre, poste balayé et essuyé, lavage des mains
Chaque jour Sols lavés, bacs à shampooing nettoyés, poignées et interrupteurs essuyés, caisse et tablette désinfectées, poubelles vidées, lancement du cycle de serviettes
Chaque semaine Nettoyage en profondeur des brosses et peignes, miroirs et vitrine, présentoirs et étagères, joints des bacs, vérification du stock de désinfectant et de gants
Chaque mois Grilles d'aération et filtres, luminaires, murs et plinthes, tri des produits entamés (période après ouverture), remplacement du petit matériel usé, mise à jour du DUERP si quelque chose a changé

Deux conseils pour que cette liste vive au-delà de la première semaine : affichez-la dans la réserve avec une colonne "fait par / le", et répartissez nommément les tâches dans le planning de vos collaborateurs, comme n'importe quel créneau. Une tâche sans responsable ni horaire est une tâche qui saute dès le premier coup de feu.

Ce que vos clients remarquent vraiment

Vos clients ne liront jamais le règlement sanitaire départemental, mais ils voient tout : les cheveux du client précédent au pied du fauteuil, la serviette douteuse, le bac entartré, ou au contraire le geste de désinfection des ciseaux fait devant eux. La propreté est l'un des rares critères que 100 % de la clientèle sait évaluer, et elle pèse directement sur la fidélisation de vos clients : on revient sans se poser de questions dans un salon impeccable, on hésite après une impression de négligé.

Elle pèse aussi sur votre image publique : le mot "propre" apparaît spontanément dans les commentaires laissés par les clients satisfaits, et une remarque sur l'hygiène dans vos avis Google fait fuir des prospects bien plus sûrement qu'un prix jugé un peu élevé. Les gestes visibles comptent double : désinfecter devant le client, sortir la serviette propre devant lui, balayer avant de l'installer. C'est de l'hygiène, et c'est aussi de la communication.

Et si vous ouvrez ou reprenez un salon ?

Le moment idéal pour prendre de bonnes habitudes, c'est avant le premier client. Si vous êtes en train de monter votre projet, intégrez l'hygiène dès la conception : revêtements lessivables, aération correcte du labo technique, point d'eau accessible, rangement séparé outils propres et outils à traiter, machine à laver dimensionnée pour vos serviettes. Et procurez-vous le RSD de votre département avant les travaux plutôt qu'après. Notre guide complet pour ouvrir un salon de coiffure détaille toutes les autres étapes, des diplômes au budget.

Questions fréquentes

La désinfection du matériel entre deux clients est-elle obligatoire ?

Oui, au titre du règlement sanitaire départemental. Celui de Paris, par exemple, impose à l'opérateur de désinfecter ses instruments pour chaque client et de renouveler les serviettes à chaque client. Chaque département a son propre RSD : consultez la version applicable chez vous en mairie ou en préfecture.

Existe-t-il une norme nationale d'hygiène propre aux salons de coiffure ?

Non, il n'existe pas de décret national récent dédié à l'hygiène des salons de coiffure, contrairement au tatouage et au perçage. Les règles applicables viennent du règlement sanitaire départemental, des textes généraux sur les produits cosmétiques et biocides, et du Code du travail pour la protection de vos salariés.

Faut-il un Certibiocide pour utiliser des désinfectants en salon ?

Pas systématiquement. Le Certibiocide "désinfectants", en vigueur depuis le 1er janvier 2024, concerne l'achat et l'utilisation de certains produits biocides destinés aux professionnels (types TP2, 3 et 4). Un désinfectant grand public n'est pas concerné. Vérifiez l'étiquette de vos produits et demandez confirmation à votre fournisseur.

Combien de temps faut-il laisser agir un désinfectant ?

Le temps de contact indiqué par le fabricant sur l'étiquette, qui varie de quelques dizaines de secondes à plusieurs minutes selon le produit. Un désinfectant essuyé immédiatement n'a pas eu le temps d'agir, et il doit toujours être appliqué sur un outil déjà nettoyé.

Les gants sont-ils obligatoires pour les colorations ?

Le RSD parisien impose le port de gants pour les permanentes, traitements spéciaux et colorations, et l'INRS le recommande systématiquement pour prévenir eczémas et allergies, qui figurent parmi les premières maladies professionnelles du métier. Dans tous les cas, l'employeur doit fournir à son équipe les moyens de protection nécessaires.

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