Pourboires au salon de coiffure au Québec : le guide de l'employeur
Au Québec, presque tout ce qu'on lit sur les pourboires a été écrit pour la restauration : attribution de 8 %, déclaration à chaque paie, cases S et T du relevé 1. Résultat, beaucoup de propriétaires de salons de coiffure appliquent des règles qui ne les concernent pas, et passent à côté de celles qui les concernent vraiment, comme les nouvelles obligations sur les suggestions de pourboire au terminal de paiement, en vigueur depuis le 7 mai 2025.
Ce guide remet les choses en ordre pour un salon de coiffure : ce que la loi vous demande comme employeur, ce qui relève de vos coiffeuses, et comment configurer votre comptoir sans vous créer de problèmes. Il est publié sur le blogue de ViteUneCoupe, une page de réservation en ligne gratuite et sans commission pour les salons de coiffure : notre métier, c'est l'agenda, mais nos lectrices nous posent la question des pourboires presque aussi souvent que celle des rendez-vous manqués.
Votre salon n'est pas un « établissement visé » : ce que ça change
Le régime québécois de déclaration des pourboires, celui dont tout le monde parle, vise les « établissements visés » au sens de la Loi sur les impôts : essentiellement l'hébergement et la restauration, c'est-à-dire les hôtels, motels, auberges, restaurants, bars et lieux où des repas ou des boissons sont servis sur place. La page de Revenu Québec sur les pourboires décrit ce régime en détail.
Un salon de coiffure n'entre pas dans cette définition. Concrètement, cela veut dire que trois mécanismes bien connus de la restauration ne s'appliquent pas chez vous :
- Pas de déclaration écrite obligatoire à chaque paie. Vos coiffeuses n'ont pas à vous remettre le formulaire de déclaration des pourboires (le registre TP-1019.4 de la restauration) à la fin de chaque période de paie.
- Pas d'attribution de 8 %. Vous n'avez pas à « attribuer » un pourboire minimal calculé sur les ventes quand les pourboires déclarés sont bas : cette mécanique est propre aux établissements visés.
- Pas de cases S et T sur le relevé 1 pour des pourboires déclarés ou attribués dans ce cadre.
Attention toutefois au raccourci « donc je n'ai rien à faire » : ce n'est vrai que pour les pourboires que vous ne touchez jamais. Dès que l'argent passe par le salon, la paie entre en jeu. C'est la distinction suivante, et c'est la plus importante de cet article.
Pourboires contrôlés ou directs : la distinction qui décide de votre paie
Côté fédéral, l'Agence du revenu du Canada distingue deux familles de pourboires, et cette logique structure aussi votre pratique québécoise. Sa page sur les pourboires et gratifications détaille les deux régimes.
Le pourboire direct : la cliente donne, la coiffeuse reçoit, vous ne touchez à rien
Le pourboire direct va de la cliente à la coiffeuse sans que vous en contrôliez le montant ni la distribution : argent comptant laissé au fauteuil, ou montant ajouté au terminal qui est reversé tel quel à la coiffeuse concernée. Dans ce cas, vous n'avez pas de retenues à faire : pas de cotisations RRQ ni d'assurance-emploi sur ces montants, rien à ajouter sur le T4 ni le relevé 1.
La responsabilité change de camp : c'est votre employée qui doit déclarer ces pourboires dans ses déclarations de revenus (au fédéral, à la ligne 10400). Vous n'avez pas à vérifier ses montants, mais vous lui rendez service en le rappelant clairement à l'embauche : les pourboires sont imposables, même en argent comptant, et c'est elle qui en répond.
Le pourboire contrôlé : il passe par vous, il passe par la paie
Le pourboire devient « contrôlé » quand l'employeur en contrôle la perception ou la répartition : des frais de service que vous imposez sur la facture, un pot commun que vous redistribuez selon vos propres règles, un pourcentage que vous décidez. Ces montants font alors partie de la rémunération : retenues à la source, cotisations RRQ et assurance-emploi, et inclusion dans la case 14 du T4 et sur le relevé 1, comme du salaire.
La frontière peut être fine. Un bon réflexe : si c'est vous qui décidez qui reçoit combien, c'est contrôlé. Si vous ne faites que transmettre ce que la cliente a choisi de donner à sa coiffeuse, c'est direct. En cas de doute sur votre montage précis, une question à votre comptable coûte moins cher qu'un redressement de DAS.
Les frais de service imposés : doublement piégeux
Des « frais de service » obligatoires inscrits sur la facture ne sont pas un pourboire au sens fiscal : ils font partie du prix. Ils deviennent donc de la rémunération contrôlée s'ils sont reversés à l'équipe, et ils sont en plus assujettis à la TPS et à la TVQ, contrairement au pourboire laissé librement par la cliente. Pour un salon, c'est presque toujours une mauvaise idée : vous alourdissez votre paie et vos taxes pour un montant que la cliente aurait probablement donné d'elle-même. Notre guide de la TPS et la TVQ pour un salon de coiffure couvre le volet taxes en détail.
Au terminal de paiement : les règles en vigueur depuis le 7 mai 2025
C'est la nouveauté qui concerne directement tous les salons. Depuis le 7 mai 2025, la Loi sur la protection du consommateur encadre les suggestions de pourboire affichées au moment du paiement, et l'Office de la protection du consommateur est explicite : ces règles visent tout commerçant qui suggère des montants de pourboire, pas seulement les restaurants. Votre terminal de salon est donc concerné. Trois exigences :
- Les pourcentages suggérés se calculent sur le prix avant taxes. Un 15 % proposé sur une coloration à 120 $ doit être calculé sur 120 $, pas sur 137,97 $ taxes comprises.
- La cliente doit pouvoir entrer librement son propre montant, y compris zéro, aussi simplement que de choisir une suggestion.
- La présentation doit être neutre : pas de bouton « généreux » mis en évidence, pas de mise en page qui pousse vers l'option la plus élevée.
Point crucial : c'est vous, le commerçant, qui êtes responsable de la conformité, même si le terminal a été programmé par votre fournisseur de paiement. Lors de votre prochaine visite au comptoir, faites un paiement test et regardez l'écran de pourboire avec les yeux d'une inspectrice. Notre comparatif des terminaux de paiement pour salon de coiffure au Québec indique comment les principaux fournisseurs gèrent cet écran.
À qui appartient le pourboire : ce que disent les normes du travail
La Loi sur les normes du travail est claire : le pourboire appartient en propre à la salariée qui a rendu le service, et il ne fait pas partie du salaire que vous lui devez. Trois conséquences pratiques pour votre salon :
- Vous ne pouvez pas vous servir dans les pourboires, ni les utiliser pour compléter un salaire minimum, ni les compter dans le taux horaire convenu.
- Vous ne pouvez pas imposer un partage des pourboires. Une convention de partage entre coiffeuses est possible, mais elle doit venir d'elles, pas de la direction. Vous pouvez en faciliter la logistique si l'équipe le demande, rien de plus.
- Vous ne pouvez pas refiler les frais de carte. Quand un pourboire passe par le terminal, la loi interdit d'exiger de la salariée qu'elle paie les frais liés à l'utilisation de la carte de crédit, y compris la portion de ces frais attribuable au pourboire. Reversez le montant entier.
Rappelons aussi que le taux réduit du salaire minimum « au pourboire » ne s'applique pas en coiffure : notre article sur le salaire d'un coiffeur au Québec explique pourquoi, et comment bâtir une rémunération qui tient compte des pourboires sans les confisquer.
Dernier cas particulier : si des coiffeuses travaillent chez vous à leur compte, une règle fédérale méconnue peut quand même vous imposer des obligations d'assurance-emploi à leur égard. On la détaille dans notre guide de la location de chaise au Québec.
Les bons réflexes de gestion au quotidien
Une fois le cadre juridique posé, la gestion des pourboires au salon tient en quelques habitudes :
- Écrivez votre pratique noir sur blanc à l'embauche : pourboires directs, reversés intégralement, déclaration à la charge de chaque coiffeuse. Une page suffit, et elle évite les malentendus et les chicanes d'équipe.
- Reversez les pourboires du terminal à chaque paie, avec un relevé clair par coiffeuse. Même si ces montants ne passent pas dans les DAS, la traçabilité protège tout le monde, et vos coiffeuses en ont besoin pour leurs propres déclarations.
- Vérifiez l'écran de pourboire de votre terminal après chaque mise à jour du fournisseur : calcul avant taxes, option libre, présentation neutre.
- Ne transformez jamais un pourboire en argument de prix. Si vos prix sont trop bas, ajustez vos prix : les pourboires de vos coiffeuses ne sont pas une variable de votre rentabilité.
Et comme un pourboire suit presque toujours un rendez-vous qui s'est bien passé, le meilleur service à rendre à votre équipe reste un agenda plein et des clientes qui se présentent : c'est exactement le travail d'une page de réservation en ligne et de rappels envoyés à temps.
Questions fréquentes
Mes coiffeuses doivent-elles me déclarer leurs pourboires à chaque paie ?
Non. La déclaration de pourboires à l'employeur à chaque période de paie vise les « établissements visés » du secteur de l'hôtellerie et de la restauration. Un salon de coiffure n'en fait pas partie : vos coiffeuses déclarent elles-mêmes leurs pourboires directs dans leurs déclarations de revenus.
Dois-je faire des retenues à la source sur les pourboires de mes employées ?
Seulement sur les pourboires « contrôlés », c'est-à-dire ceux dont vous décidez la perception ou la répartition (frais de service imposés, pot commun redistribué selon vos règles). Un pourboire laissé par la cliente et reversé tel quel à la coiffeuse est un pourboire direct : pas de retenues, pas de T4 ni de relevé 1 pour ces montants.
La règle du pourboire calculé avant taxes s'applique-t-elle à mon salon ?
Oui. Depuis le 7 mai 2025, tout commerçant qui affiche des suggestions de pourboire doit les calculer sur le montant avant TPS et TVQ, offrir une option de montant libre et présenter les choix de façon neutre. C'est vous qui êtes responsable de la conformité de votre terminal, même s'il est programmé par un tiers.
Puis-je imposer le partage des pourboires entre les coiffeuses et la réceptionniste ?
Non. Le pourboire appartient en propre à la salariée qui a rendu le service, et un partage ne peut résulter que d'une convention entre les employées elles-mêmes. Vous pouvez faciliter un partage que l'équipe a librement décidé, mais pas le décréter ni y toucher.
Les pourboires sont-ils assujettis à la TPS et à la TVQ ?
Un pourboire laissé librement par la cliente n'est pas assujetti aux taxes. En revanche, des frais de service obligatoires inscrits sur la facture font partie du prix de la prestation et sont taxables, en plus d'être traités comme de la rémunération s'ils sont reversés à l'équipe. C'est une des raisons d'éviter les frais de service imposés en salon.
Un pourboire payé par carte peut-il être amputé des frais de transaction ?
Non. La Loi sur les normes du travail interdit d'exiger d'une salariée qu'elle paie les frais liés à l'utilisation d'une carte de crédit, y compris la portion attribuable à son pourboire. Le montant laissé par la cliente doit lui être remis en entier.