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Loi 96 et salon de coiffure : vos obligations en français, concrètement

Rédigé par Publié le 11 min de lecture
Illustration d'une propriétaire de salon de coiffure sur un escabeau qui ajuste les lettres françaises de son enseigne de vitrine, dans une rue commerçante québécoise en automne

Votre salon s'appelle « The Hair Studio », votre page Instagram publie en anglais et vos reçus sortent du terminal dans la langue de votre fournisseur ? Depuis le 1er juin 2025, les règles d'affichage de la Charte de la langue française, resserrées par la Loi 96, s'appliquent pleinement, et l'Office québécois de la langue française (OQLF) a reçu plus de 11 000 plaintes dans la dernière année. La bonne nouvelle : pour un salon de coiffure, se mettre en règle est surtout une affaire de bon sens et de quelques vérifications. Ce guide passe votre salon en revue, de l'enseigne jusqu'aux courriels, avec ce que la loi exige vraiment et ce qui relève du mythe.

Précisons d'emblée que cet article est un guide pratique, pas un avis juridique. Et si votre outil de réservation fait partie du problème (page de réservation en anglais seulement, courriels unilingues), sachez qu'il existe des solutions comme ViteUneCoupe, un logiciel de prise de rendez-vous gratuit et sans commission dont la page de réservation et l'interface existent en français, côté salon comme côté clientèle.

La Loi 96 en deux minutes : ce qui a changé pour les commerces

La Loi 96, adoptée en 2022, a modifié la Charte de la langue française. Pour un commerce de détail ou de services comme un salon de coiffure, l'essentiel des nouvelles exigences d'affichage est entré en vigueur le 1er juin 2025, avec le règlement qui précise la fameuse « nette prédominance » du français. Le principe de base ne change pas : l'affichage public et la publicité commerciale doivent être en français. Vous pouvez ajouter une autre langue, mais le français doit rester nettement prédominant. Ce qui change depuis juin 2025, c'est que les marques de commerce et les noms d'entreprise dans une autre langue que le français, visibles de l'extérieur, n'échappent plus à cette règle, comme l'explique la page officielle de l'OQLF sur l'affichage des marques et des noms.

Pour un salon qui s'appelle « Coiffure Chez Julie », rien à faire ou presque. Pour un salon au nom anglais ou dans une autre langue, il y a du concret à vérifier.

Votre enseigne et votre vitrine : la règle de la nette prédominance

Un nom de salon en anglais reste permis, mais pas tout seul

Vous n'avez pas à débaptiser votre salon. « The Hair Studio » peut rester « The Hair Studio ». Mais sur votre devanture, ce nom doit être accompagné de français, au minimum un générique qui décrit ce que vous faites : « Salon de coiffure The Hair Studio ». Un descriptif ou un slogan en français (« coupe, coloration et mise en plis ») compte aussi.

Le français doit occuper deux fois plus de place, dans le même champ visuel

Depuis le 1er juin 2025, quand votre nom ou votre marque dans une autre langue est visible de l'extérieur (enseigne, vitrine, auvent), le français qui l'accompagne doit être nettement prédominant dans le même champ visuel. Concrètement, selon le règlement : le texte français doit occuper un espace au moins deux fois plus grand que le texte dans l'autre langue, avec une visibilité et une lisibilité au moins équivalentes. Un grand « The Hair Studio » lumineux avec un minuscule « salon de coiffure » en autocollant dans le coin de la vitre ne passe pas le test. Sur un écran ou un affichage dynamique, le français doit être visible au moins deux fois plus longtemps.

À l'intérieur du salon, plus de souplesse

L'exigence de nette prédominance liée aux marques et noms vise l'affichage visible de l'extérieur. À l'intérieur, l'affichage destiné à votre clientèle (promotions, consignes, carte des services) doit rester en français d'abord, mais vous avez plus de latitude sur les proportions. Le réflexe simple : tout ce qu'une cliente peut lire dans votre salon existe en français, et la version française est au moins aussi visible que toute autre langue.

Votre site web, votre page de réservation et vos réseaux sociaux

C'est le volet que les salons oublient le plus souvent, et c'est pourtant là que l'OQLF sévit de plus en plus : des entreprises ont été condamnées en 2026 pour un site web unilingue anglais, comme le montre ce communiqué de l'OQLF du 15 mai 2026.

La règle, rappelée sur la page du gouvernement du Québec sur les obligations des entreprises : si votre entreprise a un site web, il doit exister en version française, complète et équivalente. Pas une page d'accueil traduite et le reste en anglais : l'ensemble. Il n'y a pas de seuil d'employés pour cette obligation. Même logique pour votre menu de services en PDF ou vos dépliants.

Trois points concrets pour un salon :

  • Votre page de réservation en ligne. C'est une vitrine commerciale comme une autre. Si votre logiciel de rendez-vous n'offre pas de parcours de réservation en français, vous avez un problème à la fois légal et commercial : une partie de votre clientèle décroche. Vérifiez ce point avant de signer avec un éditeur, au même titre que les prix, comme on le détaille dans notre comparatif des logiciels de réservation pour salon au Québec.
  • Vos réseaux sociaux. L'OQLF considère vos pages Facebook et Instagram comme du contenu commercial : publiez en français, ou en bilingue avec le français d'abord. Répondre en anglais à une cliente qui vous écrit en anglais reste correct : c'est votre communication générale qui doit exister en français.
  • Votre fiche Google. Description, services, réponses aux avis : gardez le français comme langue de base. Notre guide de la fiche Google d'un salon de coiffure couvre l'optimisation complète.

Et si vous n'avez pas encore de site, notre article faut-il un site internet pour votre salon pose la question honnêtement ; si vous en créez un, autant le faire en français dès le départ.

Servir et informer en français : au téléphone, au fauteuil, par écrit

La Charte donne à votre clientèle le droit d'être informée et servie en français. Pour un salon de coiffure québécois, c'est rarement un enjeu au fauteuil, mais vérifiez les points de contact qu'on oublie :

  • le message de votre boîte vocale et votre répondeur : en français d'abord, bilingue si vous voulez ;
  • vos confirmations et rappels de rendez-vous automatiques : ils doivent exister en français. Notre guide des rappels par texto ou courriel au Québec traite aussi de ce volet ;
  • votre carte de services et vos prix affichés : version française obligatoire ;
  • vos infolettres et promotions : le français d'abord.

Rien ne vous empêche de servir une cliente en anglais, en espagnol ou en créole si c'est ce qu'elle préfère. L'obligation, c'est que le service et l'information en français soient toujours disponibles.

Factures, reçus et documents : le français d'abord

Les contrats, factures et reçus doivent être offerts en français. En 2026, une entreprise a été condamnée à 3 000 $ d'amende précisément pour des factures non conformes, comme le rapporte ce communiqué de l'OQLF du 19 juin 2026. Pour un salon, vérifiez la configuration de votre terminal de paiement et de votre caisse : la plupart des fournisseurs canadiens offrent le reçu en français, mais ce n'est pas toujours le réglage par défaut. Même vigilance pour vos soumissions de forfaits mariage ou vos certificats-cadeaux.

La francisation : ce qui ne concerne probablement pas votre salon

L'inscription obligatoire à l'OQLF et la démarche de francisation visent les entreprises qui emploient 25 personnes ou plus pendant six mois (le seuil est passé de 50 à 25 employés en juin 2025). La très grande majorité des salons de coiffure sont loin de ce seuil : si c'est votre cas, vous n'avez aucune démarche de francisation à faire. Si votre salon approche les 25 employés en comptant toutes vos succursales, parlez-en à votre comptable ou directement à l'OQLF.

Plainte à l'OQLF : comment ça se passe vraiment

L'OQLF a reçu 11 125 plaintes entre avril 2025 et mars 2026, en hausse de 7 % sur un an, selon les chiffres rapportés par Noovo Info. L'affichage, les sites web et le service à la clientèle figurent parmi les motifs les plus fréquents.

Le processus est d'abord correctif : l'OQLF vous écrit, explique le manquement et vous laisse un délai raisonnable pour corriger. L'immense majorité des dossiers se règlent là, sans amende. Les poursuites visent les entreprises qui refusent de se conformer. Dans ce cas, les amendes prévues pour une entreprise vont de 3 000 $ à 30 000 $, par jour d'infraction, avec des montants qui montent en cas de récidive ; les condamnations publiées en 2026 pour des petits dossiers (site web, factures) tournent autour du plancher de 3 000 $. Autrement dit : personne ne ferme un salon pour une enseigne non conforme, mais ignorer les avis de l'OQLF coûte cher.

La checklist français de votre salon

  • Enseigne et vitrine : si le nom du salon est dans une autre langue, un générique ou descriptif français l'accompagne, deux fois plus grand, dans le même champ visuel
  • Carte des services et prix : version française disponible et affichée
  • Site web : version française complète et équivalente
  • Page de réservation en ligne : parcours client disponible en français
  • Réseaux sociaux : publications en français, ou bilingues avec le français d'abord
  • Confirmations, rappels et infolettres : en français
  • Boîte vocale : message en français d'abord
  • Reçus, factures et certificats-cadeaux : offerts en français
  • 25 employés et plus : inscription à l'OQLF pour la francisation (sinon, rien à faire)

Un dernier mot sur le nom lui-même : si vous ouvrez ou renommez un salon, intégrer le français dès le départ coûte zéro dollar et évite toute la question. Notre guide pour ouvrir un salon de coiffure au Québec et notre méthode pour trouver un nom de salon en tiennent compte.

Questions fréquentes

Mon salon a un nom anglais : dois-je le changer à cause de la Loi 96 ?

Non. Un nom de salon dans une autre langue que le français reste permis. Depuis le 1er juin 2025, il doit être accompagné d'un générique ou d'un descriptif en français sur votre affichage visible de l'extérieur, et ce texte français doit être nettement prédominant : au moins deux fois plus d'espace, dans le même champ visuel, avec une lisibilité équivalente.

Mon site web de salon doit-il vraiment être en français ?

Oui. Toute entreprise qui exerce au Québec doit offrir une version française complète et équivalente de son site web, peu importe sa taille. Des entreprises ont été condamnées en 2026 pour un site unilingue anglais. La même logique s'applique à votre page de réservation en ligne et à vos documents commerciaux.

Puis-je publier en anglais sur l'Instagram de mon salon ?

Vous pouvez publier en bilingue, mais votre contenu commercial doit exister en français, et l'OQLF attend que le français soit au moins aussi présent que l'autre langue. La pratique simple : rédiger chaque publication en français, puis ajouter l'anglais si votre clientèle le justifie. Répondre en anglais à une cliente qui vous écrit en anglais ne pose pas de problème.

Que se passe-t-il si quelqu'un porte plainte contre mon salon à l'OQLF ?

L'OQLF vous contacte, précise le manquement et vous donne un délai pour corriger. Si vous corrigez, le dossier se ferme là, sans amende, et c'est l'issue de la grande majorité des plaintes. Les amendes (3 000 $ à 30 000 $ par jour d'infraction pour une entreprise) visent les cas de refus persistant de se conformer.

La francisation s'applique-t-elle à mon salon de coiffure ?

Seulement si vous employez 25 personnes ou plus pendant six mois consécutifs : vous devez alors vous inscrire à l'OQLF, qui vous accompagne dans une démarche de francisation. En dessous de ce seuil, qui couvre l'immense majorité des salons, aucune inscription n'est requise. Vos autres obligations (affichage, site web, service en français) s'appliquent quant à elles à tous.

Quelle est la différence entre la Loi 96 et la Loi 25 pour mon salon ?

La Loi 96 porte sur la langue française (affichage, site web, service, documents). La Loi 25 porte sur la protection des renseignements personnels de vos clientes (fichier clients, consentement, incidents). Les deux touchent votre salon, mais sur des sujets différents : pour la seconde, consultez notre checklist Loi 25 pour salon de coiffure.

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