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Dépôt et rendez-vous manqué au salon de coiffure : ce que permet la loi au Québec

Rédigé par Publié le 12 min de lecture
Illustration d'une propriétaire de salon de coiffure au Québec qui explique sa politique de réservation à une cliente au comptoir d'accueil, un terminal de paiement posé à côté d'elle

Un vendredi après-midi, la cliente qui avait réservé trois heures pour un balayage ne se présente pas. Pas d'appel, pas de texto. Le réflexe de bien des propriétaires de salon à Montréal, à Québec ou à Gatineau : afficher des frais d'annulation de 25 $ ou exiger un dépôt non remboursable. Sauf qu'au Québec, la loi est beaucoup plus stricte qu'on le croit, et plus stricte que ce que pratiquent déjà beaucoup de salons.

Cet article fait le point sur le droit québécois, et uniquement sur lui : la Loi sur la protection du consommateur (LPC), le Code civil du Québec et la position de l'Office de la protection du consommateur (OPC). Si vous lisez des articles sur les "arrhes" et les "acomptes" du Code de la consommation, vous lisez du droit français, qui ne s'applique pas ici (pour les salons établis en France, nous avons un guide dédié aux arrhes et acomptes). Ce blogue est celui de ViteUneCoupe, un logiciel de réservation en ligne gratuit et sans commission : nous préférons vous dire ce que la loi permet vraiment plutôt que de vous vendre une solution miracle.

L'article 13 de la LPC : pas de pénalité fixée d'avance pour un commerçant

La règle centrale tient en une phrase de la Loi sur la protection du consommateur, à l'article 13 : "Est interdite la stipulation qui impose au consommateur, dans le cas de l'inexécution de son obligation, le paiement de frais, de pénalités ou de dommages, dont le montant ou le pourcentage est fixé à l'avance dans le contrat, autres que l'intérêt couru."

Concrètement : un commerçant ne peut pas annoncer à sa clientèle qu'une absence ou une annulation tardive coûtera un montant déterminé d'avance. Une réservation, même prise par téléphone ou en ligne, est un contrat, et la clause "25 $ de frais si vous ne vous présentez pas" est interdite. Le porte-parole de l'OPC l'a dit noir sur blanc à L'actualité en 2023 : "Ce qui est interdit, c'est de fixer à l'avance, par écrit ou verbalement, une somme qui serait due si le client n'honore pas le contrat", avec le salon de coiffure cité explicitement en exemple.

Beaucoup de salons québécois affichent pourtant de telles pénalités. Que la pratique soit répandue ne la rend pas conforme : une clause interdite par la LPC est sans effet contre le consommateur, et le commerçant s'expose à une plainte.

Commerçant, artisan ou professionnel : pourquoi votre statut change tout

La LPC s'applique aux contrats entre un commerçant et un consommateur. Or tout le monde qui coupe des cheveux au Québec n'est pas forcément un "commerçant" au sens de la loi, et c'est là que la réponse devient nuancée.

Le salon avec des employés : un commerçant, la LPC s'applique

Un salon de coiffure constitué en entreprise, avec une ou plusieurs coiffeuses salariées, est un commerçant. L'interdiction de l'article 13 s'applique pleinement, comme l'a rappelé l'émission La Facture de Radio-Canada : si la coiffeuse est l'employée d'un salon, le commerce ne peut pas fixer de frais d'annulation prédéterminés.

La coiffeuse à son compte : possiblement une artisane, hors LPC

La jurisprudence québécoise maintient une vieille distinction : les artisans, comme les professionnels régis par un ordre, ne sont pas des commerçants au sens de la LPC. Une coiffeuse travailleuse autonome qui exerce seule, sans être associée à une entreprise, par exemple en louant une chaise ou en recevant chez elle, peut répondre à cette définition d'artisane. Dans ce cas, la LPC ne s'appliquerait pas, et une clause pénale fixée d'avance redevient envisageable sous le régime général du Code civil du Québec (articles 1622 et 1623), à condition de rester raisonnable : un tribunal peut réduire une clause pénale abusive.

Prudence tout de même : cette qualification d'artisane dépend des faits (êtes-vous vraiment seule ? facturez-vous au nom d'une entreprise ?) et n'a rien d'automatique. Personne ne devrait bâtir sa politique sur la certitude d'échapper à la LPC sans avoir validé son statut, idéalement avec un conseiller juridique.

Les professionnels : un autre monde, inutile de s'y comparer

Dentistes, physiothérapeutes ou psychologues facturent des frais d'absence parce qu'ils relèvent d'ordres professionnels et non de la LPC. La coiffure n'est pas un ordre professionnel au Québec : ce que fait votre dentiste ne prouve rien pour votre salon.

Le dépôt à la réservation : permis, mais pas n'importe comment

Bonne nouvelle : rien n'interdit à un salon, même commerçant, de demander un paiement partiel au moment de la réservation. L'OPC et les juristes cités par L'actualité le confirment : un commerçant a le droit d'exiger un dépôt à la conclusion du contrat, et de noter un numéro de carte de crédit. Pour une coloration complexe ou une pose d'extensions, demander 40 $ ou 50 $ qui seront déduits du prix de la prestation le jour du rendez-vous est une pratique courante dans les salons québécois, souvent réglée par virement Interac ou par carte.

Le piège est ailleurs : la clause "dépôt non remboursable en cas d'annulation". Si le dépôt est automatiquement perdu dès que la cliente annule ou ne se présente pas, il fonctionne exactement comme une pénalité dont le montant est fixé d'avance, ce que l'article 13 interdit à un commerçant. À notre connaissance, les tribunaux n'ont pas tranché spécifiquement le cas des salons de coiffure, mais la lecture la plus prudente est claire : pour un salon commerçant, un dépôt sert à garantir le sérieux de la réservation et à être appliqué sur le prix, pas à devenir une amende automatique.

Deux garde-fous concrets :

  • Rendez le dépôt transférable. "Votre dépôt est appliqué à votre prestation, et reste valable si vous déplacez votre rendez-vous au moins 24 heures à l'avance" protège votre agenda sans créer de pénalité automatique.
  • Ne débitez jamais une carte sans autorisation. Même avec un numéro de carte en dossier, prélever des frais sans le consentement de la cliente est interdit ; elle pourrait en obtenir l'annulation auprès de son émetteur de carte.

Côté taxes, rappelez-vous qu'un dépôt appliqué sur une prestation fait partie du prix taxable de celle-ci : la TPS et la TVQ se calculent sur le montant total, comme nous l'expliquons dans notre guide des taxes TPS et TVQ pour salon de coiffure.

Facturer un rendez-vous manqué : ce qui reste réellement possible

Si la pénalité prédéterminée est interdite, le préjudice réel, lui, reste indemnisable. Le Code civil permet de réclamer les dommages effectivement subis : une cliente qui réserve trois heures et ne vient pas cause une perte démontrable si le créneau n'a pas pu être revendu. La démarche passe alors par une entente à l'amiable, sinon une mise en demeure, puis la Division des petites créances pour les réclamations de 15 000 $ ou moins.

Soyons honnêtes sur l'économie de la chose : pour une coupe à 60 $, personne ne va aux petites créances. Le recours n'a de sens que pour une grosse perte, par exemple une privatisation du salon pour un groupe de mariage annulée à la dernière minute. Et le montant réclamable reste le dommage réel : si le créneau a été revendu grâce à une liste d'attente, le préjudice fond. Notez aussi que le Code civil donne au client d'un contrat de service un droit de résiliation unilatérale (article 2125), avec une indemnité qui couvre ce qui a été engagé mais pas le profit espéré ; son application à un simple rendez-vous de coiffure est discutable, mais elle illustre la philosophie du droit québécois : on compense, on ne punit pas.

Dernier repère utile : la seule exception que le législateur a acceptée à l'article 13 vise les restaurants. Depuis le 17 juillet 2025, un restaurateur peut facturer au maximum 10 $ par personne pour une réservation de groupe non honorée, à des conditions strictes détaillées par l'OPC et vulgarisées par Éducaloi : information avant la réservation, rappel envoyé de 6 à 48 heures avant, annulation gratuite jusqu'à 3 heures avant, et interdiction d'exiger un dépôt. Aucune exception semblable n'existe pour les salons de coiffure en octobre 2026. Si le vent tourne un jour, ce sera par un règlement du même type ; d'ici là, la règle générale s'applique.

Une politique d'annulation efficace et conforme pour votre salon

Une bonne politique québécoise ne mise pas sur la menace d'une pénalité qu'un juge écarterait : elle mise sur la clarté, le dépôt bien conçu et la relation client. Voici un modèle à adapter :

Politique de réservation du salon

Votre rendez-vous réserve un fauteuil et une coiffeuse rien que pour vous. Vous pouvez annuler ou déplacer votre rendez-vous sans frais jusqu'à 24 heures avant l'heure prévue, en ligne ou par téléphone.

Pour les prestations de plus de 90 minutes (coloration, balayage, extensions), un dépôt de 40 $ est demandé à la réservation. Ce dépôt est appliqué sur le prix de votre prestation le jour du rendez-vous. Si vous déplacez votre rendez-vous au moins 24 heures à l'avance, il est transféré à la nouvelle date. En cas d'absence sans préavis répétée, le salon se réserve le droit de demander un paiement complet à la réservation ou de refuser une future réservation.

Les points qui font tenir cette politique :

  • Elle est annoncée avant la réservation. Sur la page de réservation en ligne, au téléphone et dans le courriel de confirmation. Une condition découverte au comptoir arrive trop tard.
  • Le dépôt n'est pas une amende. Il est appliqué sur la prestation ou transféré, ce qui évite le terrain glissant de la pénalité prédéterminée.
  • La conséquence prévue est commerciale, pas pécuniaire. Exiger un prépaiement complet aux clientes récidivistes ou refuser poliment une réservation reste votre droit de commerçante, et aucun article de la LPC ne vous oblige à accepter toutes les réservations.
  • Les absences sont notées dans le dossier client. Attention toutefois : un fichier clients est encadré par la Loi 25 au Québec, comme nous le détaillons dans notre article sur le fichier clients et la Loi 25.
  • Elle prévoit l'exception humaine. Tempête de neige, enfant malade : une politique appliquée avec jugement protège l'agenda sans brûler la relation.

La prévention d'abord : la plupart des absences sont des oublis

Avant de penser indemnisation, pensez rappels. La très grande majorité des rendez-vous manqués ne sont pas de la mauvaise foi : ce sont des oublis, et un rappel envoyé la veille laisse à la cliente le temps d'annuler dans votre fenêtre gratuite, donc de libérer le créneau pendant qu'il est encore vendable. Nous avons consacré un guide complet aux rendez-vous manqués en salon de coiffure au Québec, avec les tactiques qui fonctionnent, et un comparatif texto ou courriel pour les rappels de rendez-vous.

Avec ViteUneCoupe, la réservation en ligne est gratuite et sans commission, quel que soit le nombre de rendez-vous : page de réservation, catalogue de services, horaires d'équipe, fiches clients et agenda sont inclus. Les courriels automatiques de confirmation, de rappel et de remerciement font partie du plan Standard à partir de 29 € HT par mois, sans engagement (la facturation se fait en euros). Une protection anti rendez-vous manqués par empreinte bancaire est annoncée dans le plan Standard + Anti No-Show à 49 € HT par mois : elle est bientôt disponible, pas encore en ligne, et nous préférons l'écrire tel quel. Soyons également transparents : ViteUneCoupe n'encaisse pas de dépôts, ne débite pas de cartes et n'a pas d'intégration Interac ; un dépôt se gère aujourd'hui en parallèle, par virement Interac ou au téléphone. Et aucun logiciel, le nôtre compris, ne rend légale une clause que la LPC interdit : l'outil réduit les absences, le droit reste le droit. Pour comparer les options offertes aux salons d'ici, voyez notre guide des logiciels de réservation pour salon de coiffure au Québec.

Questions fréquentes

Un salon de coiffure peut-il exiger un dépôt au Québec ?

Oui. Rien n'empêche un salon de demander un paiement partiel à la réservation, par exemple pour une coloration ou des extensions, à condition de l'annoncer avant que la cliente ne réserve. Le dépôt doit être appliqué sur le prix de la prestation ; c'est la clause qui le confisque automatiquement en cas d'annulation qui pose problème pour un commerçant.

Puis-je garder le dépôt si la cliente annule ou ne se présente pas ?

Pour un salon commerçant, une confiscation automatique prévue d'avance s'apparente à une pénalité prédéterminée, interdite par l'article 13 de la LPC. Vous pouvez en revanche réclamer le dommage réellement subi si le créneau n'a pas été revendu, à l'amiable ou aux petites créances. Une coiffeuse travailleuse autonome considérée comme artisane n'est pas soumise à la LPC, mais ce statut s'évalue au cas par cas.

Puis-je afficher des frais fixes de 25 $ pour un rendez-vous manqué ?

Pas si votre salon est un commerçant au sens de la LPC : l'article 13 interdit de fixer d'avance un montant dû en cas d'inexécution, et l'OPC cite précisément le salon de coiffure en exemple. La clause serait sans effet et pourrait vous valoir une plainte, même si beaucoup de salons l'affichent encore.

La règle des 10 $ des restaurants s'applique-t-elle aux salons de coiffure ?

Non. L'exception en vigueur depuis le 17 juillet 2025 vise uniquement les restaurateurs, pour des réservations de groupe, avec un plafond de 10 $ par personne et des conditions strictes. Aucun règlement équivalent n'existe pour les salons de coiffure en octobre 2026.

Que faire face à une cliente qui multiplie les absences ?

Restez sur le terrain commercial : notez les absences au dossier, exigez un dépôt ou un prépaiement complet pour ses prochaines réservations, ou refusez poliment de la rebooker. Ce sont des mesures permises, souvent plus efficaces qu'une pénalité contestable, et un rappel par courriel la veille règle la majorité des cas en amont.

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