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Pourboire au salon de coiffure : impôts, carte bancaire et partage, le guide du gérant

Rédigé par Publié le 12 min de lecture
Illustration d'une cliente glissant un pourboire dans un bocal en verre posé sur le comptoir d'un salon de coiffure, une coiffeuse la remercie, un terminal de paiement à côté

Le pourboire au salon de coiffure est une vieille tradition, mais il pose aujourd'hui des questions très concrètes au gérant : que deviennent fiscalement les pièces laissées à la coiffeuse ? Que faire quand une cliente veut laisser quelque chose alors qu'elle paie par carte ? Qui touche quoi quand le pourboire atterrit dans le bocal commun du comptoir ? Et vous, gérant, avez-vous droit au même régime que vos salariés ?

Bonne nouvelle : la règle est devenue simple et très favorable. Depuis 2022, les pourboires versés aux salariés en contact avec la clientèle sont exonérés d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales, et la loi de finances pour 2026 a prolongé ce régime jusqu'au 31 décembre 2028. Mais cette exonération a des conditions précises, et elle ne s'applique pas à tout le monde dans le salon, vous y compris. Cet article fait le point, textes officiels à l'appui, avec les vérifications effectuées en octobre 2026. Il décrit le régime fiscal français : pour les salons belges, les pourboires sont traités dans notre guide du paiement électronique au salon en Belgique, et pour les salons suisses dans notre guide des pourboires au salon de coiffure en Suisse.

Un mot de contexte avant d'entrer dans le détail : en France, le pourboire reste un geste facultatif et plutôt modeste, rien à voir avec les usages nord-américains. Il ne remplacera jamais un agenda bien rempli. Pour cela, il y a la prise de rendez-vous en ligne gratuite et sans commission de ViteUneCoupe : vos clients réservent 24h/24, et vos collaborateurs gardent les mains dans les cheveux plutôt que sur le téléphone.

Pourboires exonérés d'impôt et de cotisations : les règles jusqu'à fin 2028

Le dispositif vient de l'article 5 de la loi de finances pour 2022, prolongé plusieurs fois, et en dernier lieu par l'article 5 de la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) : les pourboires remis volontairement par les clients entre le 1er janvier 2022 et le 31 décembre 2028 sont exonérés d'impôt sur le revenu et de cotisations et contributions sociales. Les conditions sont détaillées sur la page dédiée de l'URSSAF (mise à jour le 10 mars 2026, consultée en octobre 2026). La coiffure est explicitement citée parmi les secteurs concernés.

Les trois conditions à respecter

  • Le bénéficiaire est un salarié en contact avec la clientèle. Coiffeuse, coiffeur, apprenti qui fait les shampooings et accueille les clients : tout le personnel qui travaille face au client est concerné. Les travailleurs indépendants sont exclus du dispositif (on y revient plus bas, c'est le point qui concerne directement les gérants).
  • Sa rémunération mensuelle ne dépasse pas 1,6 fois le SMIC, appréciée mois par mois, calculée sur la durée légale ou contractuelle augmentée des heures supplémentaires et complémentaires (hors majorations). Avec un SMIC à 1 867,02 € brut par mois pour 35 h (montant constaté en octobre 2026 sur service-public.gouv.fr), le plafond se situe donc autour de 2 987 € brut mensuels. Autrement dit, la quasi-totalité des salariés de la grille des salaires de la coiffure est dans les clous, seuls les plus hauts salaires de managers peuvent dépasser le seuil certains mois.
  • Le pourboire est volontaire. Les sommes laissées librement par le client sont exonérées, qu'elles soient remises en espèces directement au salarié ou versées à l'employeur puis reversées (le cas du pourboire par carte bancaire). En revanche, un "pourcentage service" ajouté d'office sur la note est exclu de l'exonération, et de toute façon étranger aux usages de la coiffure.

Ce que l'exonération couvre exactement

Côté social, l'URSSAF liste une exonération de toutes les cotisations et contributions : assurances sociales, allocations familiales, accidents du travail, CSG et CRDS, assurance chômage, formation professionnelle, taxe d'apprentissage, entre autres. Côté fiscal, les sommes sont exonérées d'impôt sur le revenu. Concrètement : un pourboire de 5 € donne 5 € nets dans la poche de votre collaborateur, sans charge patronale pour vous.

Une nuance à connaître pour bien informer votre équipe : même exonérés, les pourboires doivent être déclarés par les salariés et entrent dans le revenu fiscal de référence, comme le rappelle la fiche pratique de France Num (mise à jour le 23 février 2026). Le revenu fiscal de référence conditionne certaines aides : un salarié a donc intérêt à déclarer des montants honnêtes, même s'ils ne sont pas imposés.

Dernier point de calendrier : le régime est aujourd'hui borné au 31 décembre 2028. Il a déjà été prolongé trois fois, mais rien ne garantit qu'il le sera encore. Si vous lisez cet article après 2028, vérifiez la page URSSAF citée plus haut avant d'appliquer quoi que ce soit.

Le pourboire par carte bancaire : comment le mettre en place au salon

Vos clients ont de moins en moins de monnaie sur eux, et le pourboire en espèces en fait les frais. La loi a justement été pensée pour le paiement par carte : les pourboires "remis à l'employeur et reversés au personnel en contact avec la clientèle" sont exonérés au même titre que les espèces. La différence est pratique : un pourboire par carte arrive sur le compte du salon, il transite donc par votre comptabilité et par la paie avant d'atteindre votre collaborateur.

Concrètement, trois étapes :

  1. Côté encaissement, la plupart des terminaux de paiement et logiciels de caisse récents proposent une option pourboire : après le montant de la prestation, l'écran propose au client un pourcentage, des montants prédéfinis ou une saisie libre, ou rien du tout. La fiche France Num citée plus haut décrit ces options et les solutions disponibles. Activez la fonction chez votre prestataire monétique et paramétrez des montants raisonnables : en coiffure, des propositions à 1, 2 et 5 € passent mieux qu'un pourcentage à l'américaine. Précision utile si vous utilisez ViteUneCoupe : c'est un outil de réservation, pas d'encaissement, le pourboire par carte se règle donc entièrement au niveau de votre terminal de paiement.
  2. Côté comptabilité, isolez les pourboires du chiffre d'affaires. Ce ne sont pas des recettes du salon : ce sont des sommes que vous détenez pour le compte de vos salariés. Une ligne ou un code dédié dans la caisse suffit à garder le compte juste.
  3. Côté paie, les pourboires centralisés sont reversés via le bulletin de salaire, sur une ligne distincte, sans cotisations ni impôt tant que les conditions vues plus haut sont remplies. C'est un traitement de paie spécifique : faites-le paramétrer une fois par votre expert-comptable ou votre gestionnaire de paie, ensuite cela roule tout seul.

Un avantage souvent oublié de ce circuit : il laisse une trace. En cas de contrôle URSSAF, vous pouvez démontrer que les sommes encaissées en pourboires ont bien été intégralement reversées, ce qui est précisément votre obligation légale. On y vient.

Partager les pourboires dans l'équipe : ce que la loi impose, ce que vous choisissez

La règle d'or : tout reverser, sans exception

L'article L3244-1 du Code du travail est sans ambiguïté : toutes les sommes remises volontairement par les clients pour le service entre les mains de l'employeur, ou centralisées par lui, sont intégralement versées au personnel en contact avec la clientèle. Intégralement : le salon ne peut rien garder, ni frais de gestion, ni commission, ni quote-part pour le gérant. Le bocal du comptoir comme les pourboires par carte appartiennent à l'équipe, pas à l'entreprise.

La clé de répartition : à vous de la fixer, par écrit

En revanche, la loi ne dit pas comment répartir entre les membres de l'équipe. C'est à vous de poser une règle claire, connue de tous, et de vous y tenir. Les deux modèles les plus courants en salon :

Modèle Fonctionnement Pour quel salon
Au mérite direct Le pourboire va à la personne qui a réalisé la prestation ; l'apprenti qui a fait le shampooing reçoit ce qu'on lui remet en main propre Petites équipes, clientèle attachée à "sa" coiffeuse
Pot commun Tous les pourboires (bocal + carte) sont additionnés puis répartis selon une clé fixée d'avance : parts égales, ou au prorata des heures travaillées Équipes où tout le monde touche à tout, salons qui veulent inclure les apprentis

Quel que soit le modèle, trois précautions :

  • Écrivez la règle (une note de service suffit) et annoncez-la à chaque embauche. Les pourboires sont un sujet sensible dans les équipes, et les conflits naissent toujours des règles implicites.
  • Incluez tous ceux qui sont en contact avec la clientèle, apprentis compris. C'est le critère légal, et c'est aussi un levier de motivation puissant pour des jeunes payés en pourcentage du SMIC.
  • Le pourboire s'ajoute au salaire, il ne le remplace jamais. Les minima de la convention collective de la coiffure restent dus en totalité, pourboires ou pas.

Et gardez le pourboire à sa juste place dans votre modèle économique : c'est un bonus pour l'équipe, pas un levier de chiffre d'affaires. Pour faire progresser la recette du salon, travaillez plutôt le ticket moyen de votre salon de coiffure : diagnostic, ventes de produits et prestations complémentaires rapportent sans dépendre de la générosité du jour.

Gérant, coiffeur indépendant : pourquoi le régime ne s'applique pas à vous

C'est le point le plus important pour les salons sans salarié, et le plus souvent passé sous silence : l'exonération est réservée aux salariés. L'URSSAF l'écrit noir sur blanc : "les travailleurs indépendants en sont exclus".

Concrètement, si vous êtes coiffeur ou coiffeuse à votre compte (entreprise individuelle, micro-entreprise) et qu'une cliente vous laisse 5 €, ces 5 € sont une recette professionnelle comme une autre : à inclure dans votre chiffre d'affaires déclaré, soumise à vos cotisations sociales et à l'impôt dans les conditions de votre régime. Le même pourboire est net d'impôt pour votre salariée et imposable pour vous : ce n'est pas intuitif, mais c'est le texte.

Pour les gérants de société, la prudence s'impose aussi : le dispositif vise les salariés, et un dirigeant sans contrat de travail n'en est pas un au sens du droit du travail. Si vous êtes dans une situation mixte (gérant qui coiffe au bac toute la journée, conjoint collaborateur, statut de dirigeant assimilé salarié), faites valider le traitement exact par votre expert-comptable plutôt que d'appliquer l'exonération par défaut.

Dernière conséquence pratique dans un salon mixte, où le gérant coiffe aux côtés de ses salariés : si les pourboires par carte sont centralisés puis reversés, le gérant ne peut pas se servir au passage. Les sommes centralisées vont intégralement au personnel salarié en contact avec la clientèle. Les pourboires qu'un client vous remet personnellement, eux, suivent votre régime fiscal de dirigeant ou d'indépendant.

Faut-il encourager le pourboire dans votre salon ?

La question divise les gérants, et il n'y a pas de réponse unique. Quelques repères honnêtes :

  • Ne rendez jamais le pourboire obligatoire ni insistant. Outre que les sommes imposées au client perdent l'exonération, la pression au pourboire est très mal vécue en France. Un bocal discret au comptoir et une option sobre sur le terminal suffisent : le client qui veut remercier trouvera le moyen.
  • C'est un outil d'attractivité pour recruter et garder vos collaborateurs. Dans un métier aux salaires proches des minima, quelques dizaines d'euros nets par mois, non imposés, comptent réellement. Annoncer en entretien d'embauche que les pourboires carte sont activés et intégralement reversés est un petit plus qui ne vous coûte rien.
  • Le meilleur déclencheur du pourboire reste la qualité de la relation. Un client reconnu, salué par son prénom, dont on se souvient de la couleur précédente, remercie plus volontiers. Tout ce qui construit cette relation est détaillé dans notre guide pour fidéliser les clients de votre salon de coiffure ; côté outils, un fichier clients bien tenu y contribue, et les emails de remerciement après la visite, inclus dans le plan Standard de ViteUneCoupe à partir de 29 € HT par mois sans engagement, entretiennent ce lien sans effort.

Questions fréquentes

Les pourboires d'un coiffeur salarié sont-ils imposables ?

Non, jusqu'au 31 décembre 2028 : les pourboires remis volontairement aux salariés en contact avec la clientèle dont la rémunération mensuelle ne dépasse pas 1,6 SMIC sont exonérés d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales (article 5 de la loi de finances pour 2022, prolongé par la loi de finances pour 2026). Ils doivent néanmoins être déclarés et comptent dans le revenu fiscal de référence.

Le gérant du salon peut-il garder une partie des pourboires ?

Non. L'article L3244-1 du Code du travail impose de reverser intégralement au personnel en contact avec la clientèle toutes les sommes remises à l'employeur ou centralisées par lui. Et les pourboires qu'un client remet personnellement au gérant ne bénéficient pas de l'exonération : pour un indépendant, ce sont des recettes professionnelles imposables.

Comment fonctionne le pourboire par carte bancaire en salon de coiffure ?

Le client ajoute un montant au moment de payer, via l'option pourboire du terminal de paiement ou du logiciel de caisse. La somme arrive sur le compte du salon, est isolée en comptabilité, puis reversée au salarié sur une ligne dédiée du bulletin de paie, sans impôt ni cotisations si les conditions de l'exonération sont remplies.

Un pourboire peut-il compléter un salaire inférieur au minimum ?

Non. Les minima de la convention collective de la coiffure et le SMIC restent dus en totalité par l'employeur. Le pourboire s'ajoute au salaire, il ne s'y substitue jamais.

L'exonération des pourboires s'applique-t-elle à un coiffeur indépendant ?

Non. L'URSSAF précise que les travailleurs indépendants sont exclus du dispositif. Un coiffeur à son compte doit intégrer les pourboires reçus dans son chiffre d'affaires : ils sont soumis à ses cotisations et à l'impôt dans les conditions de son régime.

Jusqu'à quand les pourboires sont-ils exonérés ?

Jusqu'au 31 décembre 2028, suite à la prolongation votée dans la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026). Le dispositif ayant déjà été prolongé plusieurs fois, vérifiez la page de l'URSSAF consacrée aux pourboires exonérés avant d'appliquer le régime au-delà de cette date.

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